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Convaincre sans manipuler

49255"Ce livre est un manuel pratique", ainsi commence cet outil efficace d'argumentation. 

Que serait la démocratie sans ses citoyens responsables, actifs, critiques et solidaires. Mais pour excercer sa citoyenneté il faut pouvoir défendre ses idées, il faut savoir argumenter, il faut convaincre mais ne pas manipuler. La démocratie est aussi une éthique, celle du respect de l'autre et de ses idées.

"L'esprit dans lequel j'ai rédigé ce livre s'inscrit dans la droite ligne de la tradition humaniste et démocratique"

 

Philippe Breton, Convaincre sans manipuler : apprendre à argumenter, La Découverte, 2015, 7€

Extrait à lire

Aventures du Général Francoquin au pays des Frères Cyclopus (Aide-mémoire n°73)

Par Jean-Paul Bonjean

Quand la Bibliothèque George Orwell me suggère une lecture pour la chronique d’Aide-mémoire, tous mes sens sont en alerte ! Pour le surplus, quand elle me suggère une espèce d’ovni littéraire qui convoque des personnages travaillés à la façon des bédéistes avec un général franchement coquin qui ne jure que par « Mirde et Marde ! » et ne craint pas un certain burlesque ubuesque, je ne peux que docilement me plier à sa ferme volonté.

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Les camps de concentration nazis : le règne de l’arbitraire ? (Aide-mémoire n°73)

Par Jean-Louis Rouhart

 

Allant à l’encontre de l’idée généralement reçue selon laquelle le régime des camps de concentration nazis relèverait de l’arbitraire le plus total, le juriste Nicolas Bertrand s’emploie à montrer dans son ouvrage intitulé L’enfer réglementé : le régime de détention dans les camps de concentration (éditions Perrin, collection « Synthèses économiques ») que le régime imposé aux concentrationnaires reposait au contraire sur l’application de directives extrêmement précises, prises par des administrations centrales, transmises aux commandants des camps et répercutées à tous les niveaux de pouvoir au sein des camps.

AM73 p.8 RouhartEn se basant sur des archives allemandes et des emprunts à la littérature de témoignage (David Rousset, Jorge Semprun,…), l’auteur démontre, en analysant nombre d’ordonnances, d’arrêts et de circulaires et les applications concrètes de ces règlements, que la violence de l’État nazi, telle que nous la connaissons, résulte généralement de l’application quotidienne et rigoureuse d’un ensemble cohérent de dispositions réglant tous les aspects de la vie concentrationnaire (lever, coucher, travail forcé, alimentation, contact avec l’extérieur, répression disciplinaire, décès…). Bien qu’ayant perduré, l’arbitraire ne caractérise pas le fonctionnement des camps de concentration, comme l’avait déjà suggéré Hannah Arendt. Les excès de violence, avérés et révélés à maintes reprises dans les témoignages, ne doivent pas faire oublier que l’encadrement normatif, qui conditionnait l’existence des prisonniers, est à lui seul responsable de la mort de centaines de milliers de concentrationnaires. Même les exterminations massives des détenus de confession juive et des autres victimes de discriminations raciales et sociales ne relevaient pas de l’arbitraire mais résultaient d’une série de mesures répondant à une stratégie mûrement élaborée et codifiée.

Par ailleurs, l’auteur insiste sur le fait que le fait d’appliquer toutes ces règles et prescriptions donnait l’impression aux différents acteurs que le camp était une institution normale et que leurs actions étaient justifiées. Les intervenants auraient agi conformément aux dispositions en vigueur d’apparence juridique et non de manière arbitraire, en bénéficiant de la justification dont jouissait le régime de détention. Cette thèse explique comment des êtres humains ordinaires, en appliquant des règles et des procédures tatillonnes, auraient participé en toute légitimité à l’enfer concentrationnaire, sans se poser des questions d’ordre moral et en ignorant l’inhumanité de ce qui se déroulait sous leurs yeux. Comme l’écrivit Stéphane Hessel dans la préface du livre, « leur confiance inconsciente dans ce régime de détention aux allures juridiques a inhibé leur conscience d’êtres humains ».

On retiendra de cet ouvrage qu’une meilleure connaissance du régime de détention et de ses nombreuses dispositions apparaît essentielle, au même titre que les autres sources, pour comprendre la réalité concentrationnaire.

À la fin de son ouvrage, Nicolas Bertrand s’interroge sur la capacité du droit à servir la pire des exploitations et être utilisé pour pousser l’oppression à ses plus inhumaines limites. Il évoque le risque de l’application stricte de procédures qui aurait pour effet l’éloignement de la réalité humaine, dans les camps de concentration nazis, mais aussi d’une manière plus générale dans notre société. Constatant que cette régulation est utilisée de nos jours pour justifier des pratiques inhumaines, il met en garde contre la déshumanisation qui serait inhérente à toute régulation.

La Bibliothèque George Orwell présente... (aide-mémoire n°72)

 

Par Jérôme Delnooz, bibliothécaire

 

identités et politiqueGilles Dorronsoro (dir.), Olivier Grojean (dir.), Identités et politique : de la différenciation culturelle au conflit, SciencesPo/Les presses, 2014, 25€ tm coeur

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde – y compris nos démocraties – est ébranlé par une explosion de conflits portés par des revendications identitaires. Pour étudier les causes de ce phénomène, les auteurs de ce livre ont choisi d’analyser trois pays dont le modèle de société repose sur une division stricte entre catégories d’individus : l’Iran, la Turquie et le Pakistan. Pourtant, nous verrons que de telles séparations ne conduisent pas nécessairement au conflit. Les raisons du basculement seraient plutôt à chercher du côté du politique qui exacerbe les tensions de différentes manières : discrimination, distribution inégale des ressources, découpage territorial, violence armée comme outil de mobilisation nationale…

 

rêve briséGaïdz Minassian, Le rêve brisé des Arméniens, Flammarion, 2015

Il y a 100 ans se déroulait le génocide arménien. À l’occasion de ces commémorations, Gaidz Minassian revient sur les origines de cette terrible entreprise de mort, qui avait déjà été précédée par des massacres de masse, notamment à la fin du XIXe siècle. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’à l’époque des courants de résistance arméniens s’étaient dressés contre ces persécutions. Parmi ceux-ci, l’auteur met en lumière les actions des jeunes gens de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) qui ont milité pacifiquement puis avec les armes pour la reconnaissance de leur identité, la liberté et l'égalité entre les nationalités.

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Shoah à vendre?

Par Jean-Paul Bonjean

 

AM72 p.8 JPB Tova REICHOuh lalalala ! Voici un roman qui déteint sur le genre habituel des lectures proposées dans cette chronique. Le livre est une satire en diable du commerce (lisez « du business ») qu’a pu générer l’exercice mémoriel lié à la Shoah. Heureusement, l’auteure, Tova Reich, est juive et ne pourra que difficilement être taxée d’antisémitisme. Mais le propos est virulent.

Le père et le fils Messer vivent par et pour le génocide juif, notamment grâce au Musée de l’Holocauste de Washington. Avec un cynisme aguerri à la meilleure école de la rentabilité, ils font flèche de tout bois : création d’un label « Holocauste compatible », levée de fonds publics mal utilisés, voyages d’affaires aux agréments excessifs, mensonges servant leurs visées arrivistes, tout y est. Il y a toutefois un grain de sable dans la machine : Nechama, la fille de Norman Messer, s’est convertie au catholicisme et est entrée au carmel d’Auschwitz. S’ensuit une accumulation de petits scandales dont la saveur peut parfois paraître un peu lourde.

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