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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

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Éditorial : La démocratie est par nature un régime fragile...

am55Jamin, Jérôme
n°55, janvier-mars 2011

La démocratie est par nature un régime politique fragile parce qu'elle offre une certaine liberté à ceux qui pourraient être tentés de la détruire. Et si les discours ouvertement hostiles à la démocratie sont rares et peu propices au succès électoral, les menaces sur la dynamique démocratique, ses principes et ses valeurs sont en revanche multiformes, nombreuses et souvent dissimulées.

La place importante que la finance et les marchés ont pris dans l'organisation économique de nos sociétés pose à cet égard un certain nombre de questions inquiétantes. En effet, lorsqu'on observe la crise depuis plus de deux ans, on est surpris de voir à quel point des pans entiers de notre économie et de notre vie en société semblent livrés aux humeurs du marché, sans aucun contrôle démocratique ! On est submergé de propos de plus en plus durs vis-à-vis des banques, des marchés et de la finance et une idée fait son chemin : les investisseurs et les marchés anonymes auraient pris en quelque sorte le pouvoir au détriment des peuples livrés désormais à la crise, à la rigueur, au chômage et à la misère.

S'il n'est pas inutile de révéler la cupidité des spéculateurs, les salaires délirants des traders et la voracité des banques, il est également dangereux de ne pas voir la responsabilité politique qui est derrière les dérives de la finance. Car si dénoncer l'extrême droite, les discriminations ou les bombes de l'OTAN qui tuent des civils est nécessaire pour défendre la démocratie, il faut aussi se protéger contre les manipulations du discours qui viseraient à diaboliser les banques et les marchés pour mieux occulter le rôle de nos élus et de nos gouvernement dans la dérive du système actuel. Car en s'en prenant uniquement aux banques, certains discours « cachent en montrant », au sens où ils nous font oublier que tout le système économique et financier actuel est l'œuvre du politique, et non l'inverse.

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De la légitimité et de la parole en perdition : chronique de nouvel an

Bachelet, Jean-François
n°55, janvier-mars 2011

Au moment où le souvenir amer des Fêtes de fin d'année n'en finit pas de finir piteusement ; au moment où quelques jours de congé, trop courts, trop sombres, trop froids, trop mouillés avec leur cortège d'obligations convenues, faussement joyeuses, faussement conviviales nous ont épuisés ; alors que peinent à s'effacer de notre cerveau les effluves de vin chaud, les images hallucinantes de la 3.245e rediffusion du même bêtisier, les ritournelles hypnotiques des chants de Noël version supermarché, des visions de bois de rennes postiches et de pubs pour fêtards vulgaires et déprimants, nous ne reprenons pied dans la réalité que pour nous enliser dans les questions et les doutes. Les fêtes de fin d'année sont un peu comme la fin de l'histoire selon les évangiles de la postmodernité et du néo-libéralisme : un idéal insurpassable, eau, gaz, pain et jeux à tous les étages. Mais pourquoi tant d'exclus et d'exploités au nom de la démocratie du surpoids et de la vie à crédit ?
Alors que le temps est moche et que les rues sont sales, on se demande ce que cette démocratie brandie comme un bouclier, cette démocratie de café du commerce à la sauce Internet, de l'humanitaire, des bons sentiments et des essais comparatifs de cafetières électriques, cette démocratie qui parle du droit de vote comme de points Delhaize (« C'est un cadeau. Vous n'êtes pas obligé de les prendre ») a encore à voir avec les idées de progrès, de civilisation et de politique. La Politique avec un grand P bien sûr, pas les clowneries tristes où s'agitent de mauvais acteurs d'un mauvais feuilleton. Car en la matière, le discours politique n'appartient plus au politique : il émane dans l'essence et la forme du monde de l'économie et de la finance qui l'a formaté comme il l'a fait des médias, du sport, de l'écologie et tutti quanti. La grammaire du marketing est un outil de recyclage redoutablement efficace, mais en l'occurrence plutôt du genre vautour qu'éco-bobo ! Il y aurait beaucoup à dire sur la production de la doxa dominante et surtout la manière dont nombre d'intellectuels et de « penseurs », dans et hors de l'université, ont contribué à l'imposer comme référence ultime.

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Alleanza Nazionale : du néofascisme au centre droit...

Mandin, Jérémy
n°55, janvier-mars 2011

Le week-end du 6 et 7 novembre 2010, le président de la chambre des représentants italiens, Gianfranco Fini, posait la première pierre d'un nouveau parti politique : Futur et liberté (Futuro e libertà). Il quittait du même coup le Peuple de la liberté, la formation qui avait vu fusionner en 2009 son parti Alliance National (ou AN) et la formation de Silvio Berlusconi Forza Italia . L'évènement ne manque pas d'interroger. En effet, pour AN, l'alliance de 2009 dans une coalition de centre droit semblait représenter l'aboutissement d'un long processus au cours duquel le parti – de tradition néofasciste – avait pu progressivement s'intégrer à la vie politique italienne. La formation paraissait ainsi résoudre un dilemme propre aux mouvements d'extrême droite dans les démocraties contemporaines : s'adapter ou se démarquer d'un système contre lequel ils se sont construits[1]. Les premiers échos de la création de Futur et Liberté ne semblent pas démentir ce choix stratégique. En effet, dans son discours du 7 novembre, Gianfranco Fini affirme sa volonté de faire de son nouveau parti une formation apte à « incarner et rendre vivantes ces valeurs authentiques du centre droit italien, qui sont le lien réel avec les valeurs du centre-droit européen ». Comment interpréter cette nouvelle évolution de la droite italienne ? Assiste-t-on ici à une véritable refondation ou à un retour au système de valeurs d'Alliance Nationale ?

Les années 90, un contexte propice à un nouvel élan

C'est dans les années 90 que débute ce que l'on nomme habituellement « le virage » (la svolta), au sein de la droite italienne qui sort alors de la marginalité dans laquelle elle s'était jusqu'alors cantonnée[2]. Cette période, marquée par le bouleversement du champ politique italien suite aux enquêtes judiciaires de l'opération « mains propres » (mani pulite), verra le Mouvement Social Italien disparaître au profit d'un nouveau parti, Alliance Nationale. Avec cette refondation, c'est la tradition néofasciste farouchement défendue par le MSI qui semble prendre fin. En effet, la nouvelle formation écarte progressivement les références au régime mussolinien de ses documents programmatiques et évite soigneusement tout soupçon de nostalgie regardant l'épisode du fascisme historique.

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La répression du négationnisme en Belgique : source de concurrence mémorielle ?

Grandjean, Geoffrey
n°55, janvier-mars 2011

Le 8 novembre 2010, le Comité de pilotage mis en place dans le cadre des Assises de L'Interculturalité a remis son rapport dont une section porte sur « l'exigence de mémoire ».

Plus précisément, il s'est intéressé à la répression du négationnisme qui fait l'objet, en Belgique, de la loi du 23 mars 1995 tendant à réprimer la négation, la minimisation, la justification ou l'approbation du génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans ce rapport, les membres du Comité formulent trois propositions[1]. Premièrement, il n'y a pas de remise en cause de cette loi. Au contraire, il est recommandé de maintenir cette disposition dans l'arsenal législatif. En effet, selon les membres de ce Comité, « abroger ladite loi adresserait à l'opinion publique un message extrêmement négatif en matière de racisme ». Deuxièmement, le rapport « recommande au législateur d'inscrire explicitement dans la loi de 1995 les deux conditions qui en précisent le champ d'application : à savoir la menace pour notre démocratie par le risque de réhabilitation d'une idéologie raciste et l'offense à la mémoire des victimes d'un génocide et de leurs survivants ». Troisièmement, il est recommandé de « supprimer dans ladite loi la référence explicite au génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la Seconde Guerre mondiale, de manière à permettre aux juges de pouvoir l'appliquer à d'autres génocides ». Deux génocides sont concernés : le génocide commis par le régime jeune-turc ottoman pendant la Première Guerre mondiale et le génocide commis par le régime dit « hutu power » au Rwanda en 1994.

Ce dernier point a déjà suscité de longues discussions, notamment au sein de l'enceinte parlementaire. Il faut savoir qu'en 2004, la ministre de la Justice de l'époque, Laurette Onkelinx (PS), avait déposé un projet de loi visant à conformer la législation belge à un protocole additionnel à la Convention sur la cybercriminalité, relatif à l'incrimination d'actes de nature raciste et xénophobe commis par le biais de systèmes informatiques. Ce protocole demandait d'ériger en infraction les actes négationnistes et visait plus large que la loi belge puisqu'il ne se limitait pas au génocide commis par le régime national-socialiste allemand durant la Seconde Guerre mondiale. À l'époque, ce point avait suscité des discussions houleuses au Sénat[2].

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Un journaliste et une bibliothécaire remportent les premiers prix

Les lauréats : Hugues Dorzée et Myriam RadouxPaulus, Julien
n°55, janvier-mars 2011

Le 26 novembre dernier, les Territoires de la Mémoire ont récompensé les lauréats de son concours de nouvelles. Hugues Dorzée reçoit le prix de l'association pour son texte « 9h06, le Finisseur est de retour ».

Son évocation du génocide rwandais à travers les yeux d'Espérance, dont la mère a été violée et tuée sous ses yeux, a retenu l'attention du jury. Dans un style concis et direct, il évoque avec une pudeur sans fard et un réalisme troublant les tourments d'une jeune femme qui croise son bourreau au hasard d'une visite chez l'épicier du coin. Une rencontre qui réveille une indicible douleur et un furieux sentiment d'injustice.

Le Liégeois Hugues Dorzée, journaliste au Soir, remporte ainsi la somme de 500 euros. Le Prix du public a quant à lui été décerné à Myriam Radoux, bibliothécaire à Embourg, pour « Soulèvement », où elle livre ses souvenirs d'Afrique, et plus particulièrement du coup d'État avorté au Togo dans les années 80. Elle a été choisie par les internautes et se voit gratifiée de 250 euros.

Cette première édition du concours de nouvelles a sans conteste rencontré un joli succès. Le thème du «Passage de Mémoire», à envisager comme la transmission ou la réception d'un événement tragique de l'Histoire (Shoah, génocide des Tutsis, crimes contre l'humanité, guerres, colonisation, etc), a en effet inspiré une centaine de participants. Après une première sélection, 75 nouvelles retenues ont été publiées sur le site de manière anonyme : pas moins de 400 e-lecteurs (des lecteurs-électeurs inscrits sur le site de l'association) ont répondu à l'appel et voté pour leur texte favori. Le jury, de son côté, a également opéré sa sélection à l'aveugle. Pour les auteurs participants, le défi était de taille : il s'agissait de présenter un court récit inédit en 15 000 signes maximum.

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