am54

Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 54

Éditorial

am54Jamin, Jérôme
n°54, octobre-décembre 2010

C'est à la fois très réjouissant et encourageant mais aussi, et en même temps, inquiétant et troublant d'entendre un commissaire européen défendre la cause des Tsiganes. C'est réconfortant parce que nous sommes plutôt habitués à voir l'Europe défendre le marché et la concurrence, c'est préoccupant parce que la comparaison réalisée par une des plus hautes instances européennes ne tient pas la route.

Viviane Reding est commissaire européen chargé de la Justice, des Droits fondamentaux et de la Citoyenneté. Dans sa déclaration d'intention lors de sa mise en fonction, Reding indiquait qu'elle voulait montrer « la voie en matière de promotion de la citoyenneté européenne ». La libre circulation est un droit fondamental des citoyens européens et, a-t-elle bien précisé, « je m'efforcerai de renforcer ce droit et d'inciter les citoyens à en jouir réellement. Je veux mettre l'accent sur des mesures concrètes destinées à promouvoir et à protéger les droits des citoyens dans leur vie quotidienne »[1]. Le 14 septembre, Reding a indiqué avoir « été personnellement choquée par des circonstances qui donnent l'impression que des personnes sont renvoyées d'un État membre uniquement parce qu'elles appartiennent à une certaine minorité ethnique ». La phrase qu'il faut retenir est la suivante : « Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Seconde Guerre mondiale ».

Ce qui précède est réjouissant et encourageant, l'Europe est certes toujours et surtout à la fois « un géant économique et un nain politique » (selon l'expression d'Ignacio Ramonet, l'ancien directeur du Monde diplo), mais elle est aussi devenue, avec les années, une institution qui défend les citoyens et leurs droits fondamentaux. Les propos de la commissaire sont très clairs à ce sujet et ils pourraient être utilisés à l'avenir dans de multiples situations, notamment en Belgique. Dans son communiqué du 14 septembre, la commissaire explique que « la France serait en violation des lois de l'Union européenne si les mesures prises par les autorités françaises lors de l'application de la Directive sur la libre circulation, ciblaient un groupe particulier de personnes sur base de la nationalité, de la race ou de l'origine ethnique ». « Soyons clairs » a-t-elle précisé, « la discrimination basée sur l'origine ethnique ou la race, n'a pas de place en Europe. Elle est incompatible avec les valeurs sur lesquelles l'Union européenne est fondée ».

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Vivre avec eux

am54 vivre_avec_euxCélis, Dominique
n°54, octobre-décembre 2010

Les rescapés encombrent beaucoup de monde au Rwanda, ils dérangent également en Belgique, mais parfois pour d'autres raisons. Côté rwandais, le dispositif judiciaire inventé pour assumer le contentieux du génocide et réconcilier les Rwandais entre eux pose de très graves problèmes : il est en fait d'une violence inouïe pour les survivants, même s'il est indéniable qu'il a permis de faire émerger des vérités et qu'il régule la cohabitation entre les tueurs et les victimes, les secondes devant vivre avec les premiers. Côté belge, si quatre procès ont eu lieu en 10 ans, notre pays continue d'abriter des planificateurs clairement identifiés du génocide, avec comme conséquence un déploiement à visage découvert du négationnisme.
Je voudrais brosser ici – dans les grandes lignes – le contexte de l'installation de la machine judiciaire rwandaise, mais aussi les trois principales formes que revêt le négationnisme en Belgique. Un proverbe rwandais dit ubara ijoro niu wariraye (seul peut conter la nuit celui qui l'a traversée).[1] Qui mieux qu'un survivant peut raconter et instruire sur le génocide ; témoigner mais aussi dénoncer les assassins d'hier et partant sensibiliser l'opinion publique ? Car il est intéressant d'observer que dès juillet 1994, à la libération, le grand oublié de ce génocide c'est le rescapé !

Les faits
Dès les premiers jours du génocide, la communauté internationale abandonne les Tutsi à la mort. Les tueries démarrent le 6 avril à l'annonce de l'attentat visant l'avion du président Juvénal Habyarimana peu avant son atterrissage à Kigali. Le 7 avril, dix Casques bleus belges sont lynchés et la Belgique décide de retirer ses hommes dans la précipitation. Deux jours après, des convois de l'ONU arrivent et « exfiltrent » les Occidentaux. Autour d'eux, c'est la boucherie la plus terrible qui se développe. Les Casques Bleus ne disent rien, ne tirent pas le moindre coup de feu ; ils n'interviennent jamais. Rapidement, – et à juste titre! – les assassins en déduisent une certaine impunité jusqu'à ce que seules les troupes du Front Patriotique Rwandais (FPR) les arrêtent, le 4 juillet 1994. Avec la progression du FPR (emmené par Paul Kagame, actuel président du Rwanda), les génocidaires s'échappent vers l'ex-Zaïre, au Kivu, prenant en otage et comme bouclier humain, la population civile hutu, soit 2 millions de personnes. Ils sont aidés par l'Opération Turquoise française qui, sous prétexte de protéger les Tutsi, les encercle et permet aux assassins de poursuivre les tueries tout en s'enfuyant.[2]

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Les sorcières du Ghetto

Aït-Oile, Khadija
n°54, octobre-décembre 2010

La vertueuse ou la luxurieuse ? Au choix... Deux modes de conduite, deux optiques, deux bannières ancestrales séparées par une frontière délimitant le camp des madones pudiques de celui des catins séduisantes : deux figures féminines récurrentes dans bon nombre de milieux qui n'ont, a priori, rien en commun. Dans le Gangsta Rap français, Booba donne le ton : Si t'es sérieuse, t'es ma meuf sinon, t'es ma pute ; dans la publicité pour voiture, il y a celles faisant la promotion du véhicule muni de la panoplie complète pour la maman exemplaire et celles faisant l'éloge de l'automobile aux allures de bimbo aux mensurations parfaites ; sur l'estrade judéo-chrétienne, Eve et la Vierge Marie se font des pieds de nez sous les regards bienveillants de Saint-Pierre ou de l'Ange Ridwan. En somme, le match « vertu versus luxure » se joue sur de nombreux terrains : ces deux catégorisations du genre féminin servent à entretenir une culture mondialement admise, celle de la domination masculine.

Le Rap (Rythm and Poetry - Rythme et Poésie) est né durant les années septante sur la côte Est des États-Unis. Ce style musical, issu du mouvement Hip-Hop, accorde de l'importance aux mots, aux métaphores et à leur impact sur la réalité de chacun. Le Rap conteste, il dénonce les injustices sociales (comme la pauvreté, le racisme, l'exclusion, etc.), il met en évidence les rouages de la lutte des classes et critique certains symboles du pouvoir, sources d'inégalité sociale. Il s'est fait connaître grâce à des rappeurs comme Sugar Hill Gang, Africa Bambaataa ou encore Grand Master Flash ; c'est dans le milieu des années 80 qu'il fit ses premiers pas en France avec l'émission Rapper Dapper Snapper animée par Sydney ou encore avec la Radio Nova faisant la promotion de rappeurs comme Assassin, NTM, Iron ou Les Sages poètes de la rue.

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Nouvel ouvrage aux éditions des Territoires de la Mémoire

am54 nouvel_ouvragePaulus, Julien
n°54, octobre-décembre 2010

Les Territoires de la Mémoire présentent le nouvel ouvrage de la collection
« Voix de la Mémoire »

Deux ou trois choses de Sonia et du Monde
(Récit)
par Henri Goldman

Préface d'Esther Benbassa
Postface d'Edouard Delruelle

L'ouvrage

Ce livre est un récit à deux voix. Sonia, juive polonaise exilée en Belgique puis déportée à Auchwitz-Birkenau, disparue en 2004, se raconte. Revenant sur ce témoignage datant de 1992, Henri, son fils, né après la Guerre, en propose les clés d'interprétation. À travers ce dialogue de deux générations, à travers l'évocation de la plus grande tragédie humaine du XXe siècle revit un monde disparu : celui d'une gauche juive cosmopolite, combinant une infinie tendresse à l'égard de ses propres racines mais totalement ouverte à l'utopie d'un Homme nouveau qui transcenderait les identités particulières sans les dissoudre.

En racontant sa mère, Henri Goldman a traduit sa conviction que cette trajectoire peut encore avoir du sens pour les femmes et les hommes d'aujourd'hui.

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Quand les jeunes s'en mêlent...

Colombini, Déborah / Kurevic, Nicolas
n°54, octobre-décembre 2010

Le texte qui suit est le résumé d'une intervention de Philippe Marchal et Nicolas Kurevic faite le 3 septembre 2010 dans le cadre du colloque international sur « La participation politique et citoyenne des jeunes. Bilans, interventions et évaluations », organisé à l'Université de Liège.

Centre d'Education à la Résistance et à la Citoyenneté, les Territoires de la Mémoire s'intéressent aux liens existants entre les jeunes et le monde politique, entre les jeunes et le concept de citoyenneté. Aussi, poserons-nous ici légitimement la question de la pertinence du rapport qu'entretient le Travail de Mémoire avec la citoyenneté ?

D'emblée, nous souhaitons nous inscrire en faux à propos de cette simplification courante : « Les jeunes ne s'intéressent pas à la politique et cette attitude teintée de cynisme témoigne d'un désintérêt profond et irresponsable pour la chose publique ! ». Cette affirmation pour le moins réductrice mérite l'une ou l'autre mise au point.

1. Il faut être attentif à ne pas limiter la participation citoyenne à l'engagement politique au sein d'un parti et/ou à l'intérêt porté aux scrutins. Il convient en effet de bien identifier tous les modes de participation citoyenne et d'observer tous les types d'engagement chez les jeunes.

2. La participation citoyenne n'est pas un comportement naturel et inné. À l'instar d'autres apprentissages, elle doit faire l'objet d'une solide entreprise éducative ; c'est l'objet même des Territoires de la Mémoire. Et puis, les jeunes ont également des sujets de préoccupation divers et d'autres intérêts tout aussi importants pour leur développement et leur identité, à moins peut-être de les inscrire dans des stratégies et des méthodologies susceptibles d'éveiller leur capacité énorme d'engagement et d'investissement.

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