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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

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Editorial : Il ne suffit pas d'instituer le suffrage universel

am53Jamin, Jérôme
n°53, juillet-septembre 2010

Il ne suffit pas d'instituer le suffrage universel pour obtenir le label de la démocratie, encore faut-il être capable d'organiser des élections véritablement libres! Il ne suffit pas d'instituer le droit de vote pour se dire « grand démocrate », encore faut-il être capable de proposer un scrutin véritablement libre! Si le premier principe a été garanti par nos institutions, on peut sérieusement se poser la question au sujet du second après les élections législatives de juin en Belgique.

Retour en arrière, et dans un pays lointain : lorsque que le président américain Bush (fils) parlait de démocratie pour justifier l'invasion de l'Irak et la chute de Saddam Hussein en 2003, il ne parlait pas de suffrage universel – au demeurant bien développé à l'époque selon des règles strictes en Irak -, il parlait d'élections libres, c'est-à-dire de la possibilité de voter sans un révolver sur la tempe, et surtout sans craindre de représailles. Au suffrage universel devait s'ajouter en Irak, dans la propagande de l'administration américaine, le droit à des élections libres et non-truquées. L'argument était séduisant et à bien des égards, il a permis de tromper beaucoup de monde sur les intentions du président américain dans la région.

Si ce qui précède a pu avoir du sens du point de vue de la réflexion sur la démocratie, il faut rappeler ici que les élections libres ne se limitent pas au droit de voter librement et sans être menacé, mais qu'elles impliquent aussi d'avoir une compétition politique saine et nuancée. Des élections libres exigent une compétition qui reflète les enjeux du moment et les aspirations populaires par le biais des partis qui les représentent, des partis dont le rôle est précisément de traduire, d'agencer et de formuler en propositions politiques les attentes de la population. Il faut rappeler aussi que les élections libres doivent également, et c'est bien le minimum, permettre à chacun de comprendre la portée et les conséquences des actes qui vont être posés par les élus et les partis qui seront portés au pouvoir par les électeurs.

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Iran : une révolution civile sous les cendres ?

Le leader Moussavi entouré de ses partisans en juin 2009 © Hamed SaberVahabi, Nader
n°53, juillet-septembre 2010

Où en est-on au juste un an après le mouvement contestataire de juin 2009 ? Que se passe-t-il lorsque l'on pousse jusqu'au bout la logique de l'identification du champ religieux au champ politique ?

Une année de protestation permet de proposer des réponses à cette interrogation : la demande de sécularisation, celle-ci étant vécue comme l'expulsion du religieux vers le privé, serait le message explicite contenu dans la protestation de la jeunesse iranienne qui préparerait le chemin, encore difficile, vers l'émancipation de la société civile et l'établissement d'un État de droit. La crise iranienne qui a suivi le trucage électoral de juin 2009 s'est situé en effet au croisement de deux séries d'éléments imbriqués les uns dans les autres : d'un côté, un mouvement social doté d'une logique propre ; de l'autre, des dissensions entre les deux groupes au sein du pouvoir. La dialectique de ces deux réalités a déclenché un mouvement social qui mérite d'être décrypté un an après, ce que nous allons faire très brièvement[1].

À un moment où s'estompe l'objectif d'un idéal révolutionnaire et patriotique obtenu par la violence, notamment depuis la chute du mur de Berlin en 1989, où une partie du monde est parvenue à une sécularisation en repoussant les valeurs religieuses dans l'espace privé, la jeunesse iranienne vit dans le cadre d'un quatuor d'interdits : interdit de la mixité (de l'école jusqu'à l'université et dans de nombreuses autres situations), interdits et obligations vestimentaires (chemise à manches courtes pour les hommes, obligation pour les femmes de porter le foulard islamique mais aussi application de critères de « décence » en général), interdit des fréquentations : (interdiction faite aux femmes d'être avec une personne du sexe opposé, sauf l'époux, les frères et les cousins) et interdit sur les loisirs (censure des films et de la télévision, fermeture des dancings, non-mixité des clubs de sport), etc.[2]. Ces interdits s'inscrivent dans un contexte économique défavorable avec un chômage officieux oscillant de 25 % à 30 % et expliquent vraisemblablement que les jeunes ont utilisé le trucage électoral comme une étincelle qui a fini par faire exploser la profonde amertume d'une société se sentant outragée par la domination d'un réseau religieux-militaire.

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Les aveugles et le journalistique : du citoyen et de la cé-cité

Bachelet, Jean-François
n°53, juillet-septembre 2010

Il paraît donc que ce 13 juin 2010, nous avons voté. Une fois de plus est-on tenté de dire. Un comble lorsque l'on veut bien se rappeler ce qu'il en a coûté et coûte encore de par le monde de défendre le droit de vote et, il faut le rappeler, la démocratie qui va avec.

Une vraie démocratie participative, égalitaire, transparente, pas un ersatz, pas un totalitarisme déguisé. Mais pas non plus un théâtre avec ses décors et ses scénarii écrits à l'avance, pas une démocratie-spectacle, une agora transformée en music-hall. L'arène politique dont on nous rebat les oreilles porte bien son nom au moment où l'on substitue au débat entre citoyens les combats soigneusement mis en scène de gladiateurs d'un type nouveau ! Tiens, ça me fait penser au grand-guignol high-tech du catch américain avec ses mises en abyme des enjeux, des tensions et des valeurs dominantes de la société à travers l'affrontement de personnages (hautement) symboliques : le bon, le mauvais, l'arriviste, le repenti, le patriote, le calculateur, le bon étranger, le mauvais étranger, l'intellectuel, le jeune, l'ancien etc. D'accord, question chorégraphie, ce n'est pas le Lac des Cygnes, mais des stars du catch ou des acteurs de la « crise », on peut quand même se demander qui sont les plus lourds. Attention, on ne va pas pour autant faire dans l'auto-flagellation, cette perversion banalisée par le néo-libéralisme qui, sous le couvert de liberté et de responsabilité, stigmatise comme looser celui qui n'a pas pu (su) s'imposer comme winner. Il fut un temps où l'on était en Belgique les plus grands buveurs de bière ou les plus grands mangeurs de frites. Ce n'était pas plus con ni moins valorisant que d'être les plus gros producteurs de hamburgers ou de chapeaux tyroliens.

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Marine Le Pen, une femme chez les sexistes

Aït-Oile, Khadija
n°53, juillet-septembre 2010

Ce printemps 2010, saison ô combien symbolique pour les membres du Front National, est synonyme d'espoir pour les deux prétendants à la place de président du parti. Sur la scène médiatique, Bruno Gollnish et Marine Le Pen, tous deux vice-présidents exécutifs au sein du parti, évoquent leurs espoirs, leurs projets et leurs programmes en éclosion afin de remporter la compétition qui les départagera les 15 et 16 janvier 2011, lors du Congrès où Jean Marie Le Pen quittera définitivement son poste. Le favori pour ce poste, c'est Marine Le Pen ; tout prête à penser qu'elle adoptera parfaitement les allures d'une Jeanne d'Arc qui boutera hors de France tous les envahisseurs mondialisant, colorant, judaïsant, islamisant ou féminisant la République. Son père, le Créateur du parti, lui fera assurément entendre les bonnes voix, celles qui l'érigeront en héroïne, symbole de la résistance, et qui ne la mèneront pas jusqu'au bûcher.

Jean-Marie Le Pen, le père de la famille FN et de la famille Le Pen, tient les rênes de sa création depuis 1972 ; ce patriarche accorde une importance toute particulière au groupe familial ; selon lui, « la famille » constitue la cellule de base de la société : un microcosme où les parents sont mariés, où le père représente l'autorité pendant que la mère tient le rôle d'éducatrice, un groupe où sécurité matérielle et enseignement du passé national (religion, valeurs, patrimoine, etc.) sont les axes fondamentaux. Grâce à elle, la nation pourrait se maintenir dans un certain équilibre (social, économique, etc.) qui a été saboté, dans le passé, par des mouvements révolutionnaires (mai 68, apogée du féminisme, etc.). Pour exemple, grâce à ce noyau, le taux de délinquance diminuerait (la dislocation de la famille moderne serait la cause de nombreux problèmes de violence urbaine) et le taux de natalité pourrait augmenter permettant ainsi au pays de se refaire une santé économique.

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Impressions de voyage...

am53 impressions_voyageColombini, Déborah
n°53, juillet-septembre 2010

Les 14, 15 et 16 mai derniers, les Territoires de la Mémoire organisaient leur voyage d'étude annuel au cœur des vestiges de la barbarie nazie et, cette année encore, c'est à Auschwitz-Birkenau que nous nous sommes rendus.

Une fois n'est pas coutume, j'avais en mon nom propre – après une cinquième visite des lieux – très envie de « témoigner » des mes impressions, de mon ressenti, de ma conscientisation au retour de ce nouveau rendez-vous avec l'Histoire. Aussi puis-je assurer qu'à la voix, qu'aux cris des traces matérielles, on ne s'habitue pas ! À une normalité meurtrière teintée d'exploitation, de déshumanisation, de persécution, on ne s'habitue décidément pas !

Et pourtant, tant de fois j'ai vu, entendu, lu, écouté... Tant de fois j'ai interrogé le passé et essayé de le comprendre... sans jamais pouvoir l'expliquer.

Et pourtant, je ne parviens toujours pas à imaginer ce qu'était réellement ce désert de vie : une terre dénuée de faune et de flore – exceptés les insectes qui grouillent et fourmillent ; un ciel amputé de clarté, un ciel constamment grisé par un épais nuage de fumée humaine ; et une odeur... nauséabonde, une nauséeuse puanteur. Ça, aucun vestige, aucun récit ne peut le rendre palpable !

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