am29

Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 29

Editorial

Jamin, Jérôme
n°29, juillet-septembre 2004

am29 editorialLes gens qui sont enfermés dans des prisons sans avoir commis aucun délit, les enfants et leurs parents privés de liberté et parqués dans les centres pour « illégaux » ont le mérite de nous indiquer clairement aujourd’hui ce que l’Etat est capable de nous faire demain. A chaque arrestation, à chaque humiliation, à chaque séparation entre membres d’une même famille, autant de tragédies et de souffrances, nous voyons avec lucidité ce que l’Etat est capable de faire aux plus fragiles et aux plus démunis, nous voyons jusqu’où il est prêt à aller pour satisfaire quelques extrémistes xénophobes. Les prisons pour «clandestins » et l’expulsion musclée de ces derniers témoignent efficacement des dangers qui nous menacent tous, même avec les « bons » papiers. Celui qui croit pouvoir échapper à ce processus se trompe. La violence de l’Etat sur les étrangers (faibles et fragiles) constitue un test, une expérience, un essai sur notre résistance à la barbarie, un moyen délicat pour voir où nous mettons les limites, une technique pour identifier ce que nous sommes capables d’accepter au nom de notre bien-être : l’enfermement de femmes et d’enfants qui n’ont commis aucun délit. Aucun délit !
John Ashcroft et Donald Rumsfeld, respectivement ministres de la Justice et de la Défense aux Etats-unis ont bien compris ce mécanisme, et il faut leur reconnaître une certaine capacité à l’exploiter aux Etats-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001. Pendant que le premier ne cesse de multiplier les atteintes aux libertés fondamentales garanties aux citoyens américains par la constitution (au nom de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme), le second a littéralement encouragé toutes sortes de pratiques contraires aux conventions internationales en matière de droits de l’homme.
Avec Guantanamo, Donald Rumsfeld a réussi à faire en sorte que l’on puisse aujourd’hui enfermer, en toute simplicité, en toute illégalité, que l’on puisse faire « disparaître » des gens pour six mois, un an ou pour toujours sans que quiconque n’ait pu entreprendre quoi que ce soit. Des adolescents ont disparu à Guantanamo depuis des années et personne ne cherche à savoir pourquoi, ni qui ils sont. Des gens arrêtés sans charge et sans jugement, sans avocat, sans rien… Des fantômes en tenue orange, anonymes, traînés derrière les grillages et les barbelés, torturés et privés de sommeil sous le soleil de Guantanamo (voir les rapports officiels en page 5). Des individus qui n’ont aucune nouvelle de l’extérieur et qui doivent se demander s’il existe encore un quelconque ordre démocratique aux Etats-Unis, et par extension en Occident puisque, hormis quelques plaintes, (du vent et rien d’autre !), ni la Belgique de Louis Michel ni la France ni aucun pays européen n’a voulu mettre l’enjeu Guantanamo à l’agenda de ses revendications. L’heure est maintenant à la diplomatie, il faut éviter les sujets qui fâchent…
Dénoncer Guantanamo, ce n’est pas défendre des terroristes ou des adolescents tueurs, c’est mettre le doigt sur ce que l’Etat est capable de faire à une partie de l’humanité, et donc à toute l’humanité. S’inquiéter du sort de ces détenus, ce n’est pas soutenir l’axe du mal, et encore moins vénérer les Talibans, c’est montrer les limites que l’Etat ose dépasser dans certaines circonstances, notamment depuis le 11 septembre. Lutter contre Guantanamo, ce n’est pas lutter contre Bush, c’est lutter contre la barbarie potentielle de la plus grande puissance occidentale. C’est s’indigner des démocraties européennes qui par leur silence acceptent implicitement le nivellement par le bas de Rumsfeld en matière de droits de l’homme. C’est rire avec tristesse de la Belgique qui a su faire beaucoup du bruit sur des dossiers moins risqués : Pinochet, etc. Avant d’abroger sa loi de compétence universelle pour ne pas ennuyer ses « partenaires »…
Au-delà de certaines bornes, il n’y a plus de limites. Ce truisme prend aujourd’hui tout son sens lorsqu’on découvre l’ampleur des tortures, des sévices et des humiliations imposées aux détenus irakiens dans la prison d’Abou Ghraib à Bagdad. Pour que de telles horreurs soient possibles, pour que l’on replace, sous contrôle américain, les fils électriques sur les parties génitales des détenus, il a fallu qu’un pas soit franchi quelque part, qu’une borne soit dépassée, et que désormais tout soit possible, tout soit autorisé, en toute impunité, en toute illégalité, en toute simplicité : Guantanamo.

Mots-clés : 
Editorial
© Les Territoires de la Mémoire- Belgique

Insécurité et extrême droite

Raponi, Michaël
n°29, juillet-septembre 2004

Face aux aléas de l’existence et à l’encontre de toutes les formes de violence susceptibles de naître de la vie en société, des systèmes de protection ont été patiemment construits. Par le passé, leur efficacité n’a jamais atteint le degré de perfection connu aujourd’hui. C’est pourquoi Robert Castel, dans un livre récent dont le titre même1 résonne comme le diagnostic d’un malaise très actuel, affirme que « nous vivons sans doute - du moins dans les pays développés – dans des sociétés parmi les plus sûres qui aient jamais existé »2 . Pourtant, force est de constater que nous vivons également une époque profondément marquée par la problématique de l’insécurité ou, plus précisément, du sentiment d’insécurité. La nuance est importante, non pas parce que l’insécurité renverrait à une dimension purement subjective, comme à un délire individuel et collectif, mais parce qu’il semble de plus en plus évident que la lutte contre l’insécurité ne peut faire l’économie d’une prise en compte de cette dimension subjective. Il faut être à l’écoute des gens et les rassurer, entendons-nous très souvent dans les propos d’hommes politiques de droite comme de gauche. Et quoi de plus naturel en effet, de la part de politiciens élus ou en campagne, que de prêter l’oreille à l’opinion et répondre à l’expression d’un sentiment répandu dans toutes les couches de la société ?
Spontanément, on serait tenté de distinguer une forme de paradoxe dans le fait que coexistent un degré de protection ou de sécurité jamais égalé et un sentiment d’insécurité très profondément ancré. Dans son livre, Robert Castel postule tout au contraire que « l’insécurité moderne ne serait pas l’absence de protections, mais plutôt leur envers, leur ombre portée dans un univers social qui s’est organisé autour d’une quête sans fin de protections ou d’une recherche éperdue de sécurité »3 .

Lire la suite : Insécurité et extrême droite

Paroles de visiteurs

Dodeur, Evelyne
n°29, juillet-septembre 2004

L’Athénée Royal Léon Lepage de Bruxelles est depuis plusieurs années déjà un partenaire de notre association. Cet établissement fait partie du réseau « Territoire de Mémoire » (voir page 8) et considère que la lutte contre le racisme, la xénophobie et les exclusions doit être une préoccupation quotidienne. Pour traduire ce choix, l’Agora des Libertés existe au sein de l’école. C’est un lieu permanent d’échanges qui est mis à la disposition des étudiants et de l’ensemble du personnel.
En novembre 2003, nous avons eu le plaisir d’accueillir les élèves de 6ème primaire. Ils étaient accompagnés de leur instituteur, Monsieur Guy Charlier. Peu après cette visite, les enfants ont exprimé leurs impressions sur le Parcours symbolique et plus largement sur la Seconde Guerre mondiale dans des textes qu’ils ont eu la gentillesse de nous fait parvenir.
Nous avons choisi quelques passages de ces témoignages afin de les partager avec nos lecteurs. De ces quelques lignes surgissent différentes émotions : de la tristesse, de l’horreur, de l’incompréhension, du dégoût, de la colère, de la peur ou encore le désir d’un monde meilleur pour demain, emprunt de paix et de fraternité…

« En 1933, quand Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, il fait croire à tout le monde que tous les problèmes de la société sont la faute des Juifs. Il disait faire partie d’une race supérieure. Je ne comprends pas que tant de gens aient voté pour lui. » 
Indy.

« Je suis écœuré de ce qu’Hitler a fait ! Il ordonnait de tuer des personnes uniquement parce qu’elles étaient juives ou parce qu’elles ne partageaient pas ses idées ! Mon vœu est qu’il n’y ait plus la guerre. Le pire c’est qu’il y a encore des nazis ! ! ! » 
Pablo.

Lire la suite : Paroles de visiteurs

Traces de Mémoire 2004

n°29, juillet-septembre 2004

am29 traces_de_memoire_2004Pour la quatrième année consécutive et grâce à l’initiative et au soutien de notre partenaire P & V Assurances, nous avons emmené une délégation de 70 personnes sur les traces encore bien visibles de l’horreur des camps de la mort nazis. Elèves, professeurs et responsables de la société d’assurances ont découvert avec effroi les lieux de concentration et d’extermination d’Auschwitz et Birkenau. 1ère semaine des vacances de Pâques, après un très long voyage, nous prenons concrètement conscience des conséquences d’un régime totalitaire, raciste, eugéniste et génocidaire. Ce qui marque dans ces camps presque exclusivement réservés à l’extermination des Juifs d’Europe, c’est l’organisation dans l’irrationnel, c’est la mesure de cette volonté de faire disparaître physiquement tous ceux dont Hitler disait qu’ils constituaient une race inférieure.
Jamais dictature n’a été aussi loin dans l’application de théories « raciales » haineuses. Jamais dictateur n’a entrepris avec autant de moyens une réorganisation biologique de l’espèce humaine.
Le jour où nous marchions dans ces lieux de barbarie, nous avons tous compris pourquoi, aujourd’hui encore, il faut se rendre à Auschwitz et cette fois en revenir pour témoigner et exercer notre responsabilité de nouveaux passeurs de Mémoire.

Mots-clés : 
Territoires de la Mémoire
© Les Territoires de la Mémoire- Belgique

Le mot du président : Non, le miracle n’a pas eu lieu…

Colin, Charles
n°29, juillet-septembre 2004

Non, le miracle n’a pas eu lieu… Mais y a-t-il jamais eu de miracle qui ne fût pas le fait des hommes ? Y a-t-il jamais eu de victoire qui n’aurait pas été rêvée, voulue, arrachée par les hommes ?
Non, le miracle n’a pas eu lieu. L’extrême droite n’est pas éradiquée. Au contraire, elle progresse, presque partout. Elle explose en Flandre, progresse en Wallonie et atteint 14% des suffrages à Charleroi.
J’ai, comme la plupart d’entre vous, passé la soirée des élections à écouter ou à lire les chiffres qui se complétaient au fil du temps ; à écouter les paroles prudentes, désappointées des uns, joyeuses ou éclatantes des autres. Quelques surprises ça et là : quelqu’un qui parle vrai… Mais la plupart du temps, les mêmes attitudes qu’à chaque fois : des airs ravis que l’on tente à peine de masquer, des déceptions que l’on transforme en de mini-victoires…
J’ai, comme la plupart d’entre vous, passé une bien mauvaise soirée. Et une nuit pire encore, une nuit à repenser à ce que nous venions de vivre, à me demander à quoi ressemblerait demain, demain plongé dans tant d’intolérance, d’aveuglement, de haine.

Lire la suite : Le mot du président : Non, le miracle n’a pas eu lieu…

Rejoignez-nous !

En savoir plus...

Soutenez nos actions

Soutenez les Territoires de la Mémoire en effectuant un don via Paypal

Plan d'accès

Contactez-nous

  • Territoires de la Mémoire asbl
  • Siège social
    Boulevard de la Sauvenière, 33-35
    4000 Liège
    accueil@territoires-memoire.be
    Téléphone : 04 232 70 60
    Fax : 04 232 70 65
  • N° d'entreprise
    453099470
453099470