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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 14

Editorial : un an pour oublier

Jamin, Jérôme
n°14, juillet-septembre 2000

am14Editorial : un an pour oublier
Il n'aura pas fallu plus de quatre numéros d'Aide-Mémoire au FPÖ de Jörg Haider pour être respectivement choisi par les électeurs (octobre 1999), amené au pouvoir (janvier 2000), sanctionné et diabolisé (février 2000) et finalement réhabilité avec les excuses du jury (septembre 2000). Un an pour oublier. Un an pour aboutir au rapport "positif" des sages de l'Union européenne recommandant la levée des sanctions contre l'Autriche. Un an pour entendre le président de la Commission européenne Romano Prodi applaudir la décision des 14 : "La Commission n'a jamais voulu que l'Autriche soit isolée et je suis heureux que les sanctions soient levées, mais l'Union doit rester vigilante sur l'extrémisme et la xénophobie, où qu'ils apparaissent en Europe (1)". Visiblement, l'heure n'est plus à la protestation. Comme si aujourd'hui tout était possible avec du temps et de la patience, ce qui est choquant se banalise, l'anormal devient normal, l'extrême droite au pouvoir, et alors? Mettons un instant de côté la question de l'efficacité des sanctions et réfléchissons sur ce qui vient de se passer. En réhabilitant le FPÖ, l'Union européenne indique plusieurs messages aux mouvements, partis, groupuscules et électeurs d'extrême droite répartis ici et là en Europe : (1) on ne vous jugera plus sur vos paroles et vos idées mais sur vos actes; (2) tous ceux qui s'apparentent ou ressemblent au FPÖ ont intérêt a tenter leur chance car ça peut marcher; (3) quand vous serez au pouvoir, faites-vous respecter en menaçant de bloquer les institutions européennes; (4) soyez de bons démocrates pendant quelques mois, vous recevrez le batch "Testé et conseillé par les grands sages européens". On imagine déjà l'attitude de l'individu potentiellement électeur d'extrême droite : Pourquoi ne pas voter Bloc Wallon ou Vlaams Blok (celui-ci subsidiant celui-là au demeurant) aux élections communales alors que le FPÖ est respectabilisé par les plus hautes instances du continent? Pourquoi contenir mes propos racistes si maintenant on ne me juge que sur mes actes? On imagine aussi les jolies coalitions qui se profilent à l'horizon en Belgique, en France et hélas dans beaucoup d'autres pays européens. L'alliance Haider/Schüssel et sa respectabilisation constituent un précédent dont on est loin de deviner les conséquences lors des prochaines échéances électorales.

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En marge de deux dossiers européens : Plaidoyer pour une participation politique démystifiée

Cormann, Grégory
n°14, juillet-septembre 2000

am14 plaidoyer_participation_poilitique_demystifieeIl est facile de répéter, au gré des meetings, des colloques et des tables rondes, que l'enjeu de la politique, c'est la participation de tous les citoyens à la vie publique. Mais on constate tout aussi simplement que l'intérêt pour la chose politique n'est guère élevé et que les débats à l'approche des élections communales sont parfaitement inexistants (1). Par ailleurs, cette idée somme toute sympathique de participation n'est jamais passée au crible d'une critique un peu serrée.

Un concept galvaudé : le concept de participation
Participer, cela signifie (littéralement) prendre part, mais avec cette nuance de passivité, d'adhésion mécanique à un élan provoqué par quelqu'un d'autre. Il s'agit alors d'une " participation aux frais " politique finalement peu exigeante. " Si d'autres s'engagent, je veux bien participer... " Sinon, les choses se compliquent. Que de réticences, d'une part, à s'engager ! Que de méfiance, d'autre part, à l'égard des nouveaux intervenants (ceux qui viennent à l'intérieur) !

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Imposture et marketing

Nihoul, Laurent
n°14, juillet-septembre 2000

Emile de Girardin, un des premiers patrons de presse à "accepter" de la publicité dans son journal (La Presse), disait déjà il y a près de deux siècles, que "l'annonce doit être concise, simple et franche, ne porter aucun masque, marcher droit à son but la tête haute". En gros, dire qu'à telle adresse, on vend tel produit, et à tel prix. Les agences de pub de l'époque ne devaient pas engager des créatifs à tour de bras ! Que de chemin parcouru depuis. Aujourd'hui, la publicité est tellement omniprésente, et tellement "scientifique" dans son approche du comportement du public, qu'elle parvient à faire passer tout et n'importe quoi - tout et son contraire. De plus, elle est devenue tellement puissante, et indispensable en quelque sorte, qu'elle en arrive parfois à empêcher un exercice serein de cette citoyenneté que tout individu vivant en démocratie devrait faire sienne.

Bifidus &co
Tant qu'il ne s'agit que de travestir "gentiment" la réalité en employant des termes abscons, le danger n'est que tout relatif. Prenons pour exemple tous ces termes pseudo-scientifiques dont sont affublés certains produits : un yaourt digne de ce nom se doit de contenir du bifidus (actif qui plus est), voire du lactobacillus casei immunitas pour les plus performants. Sans oligo-éléments ou liposomes, point de salut. Que dire alors du glucasil, élément "naturel" contenu dans certains shampooings et censé transformer notre frêle chevelure en casque anti-agression. Il est d'ailleurs curieux de noter que ce fameux glucasil est une marque déposée… Et surtout que penser de ces pseudo-professeurs dont la blouse blanche et le tableau-graphique nous indiquent que justement le produit marche, comme en témoigne la courbe qui monte. Courbe sans mesure au demeurant, ni en abscisse, ni en ordonnée, mais quelle importance de toutes façons. On le perçoit aisément, ces messages dits "allusifs" (1), qui dévalorisent le public en tablant sur son ignorance et qui en même temps sur-valorisent le produit, ne constituent pas encore un danger réel pour nos petits cerveaux citoyens. Cette déformation de la réalité induit cependant le consommateur-citoyen en erreur. En lui faisant prendre des vessies pour des lanternes. Au quotidien de surcroît.

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Le laogai et la grande famine (Mémoire brute)

Gresse, Florence
n°14, juillet-septembre 2000

1959-1961, la famine fait rage dans toute la Chine. Elle est d'origine politique car Mao Zédong vient de lancer sa campagne du Grand Bond en avant (1). Campagne au principe pour le moins simpliste : passer par une période de privation et de travail intense afin de relever l'économie chinoise. Malgré l'échec de la campagne qui se manifeste rapidement, les autorités refusent la réalité et persévère dans la voix indiquée par le guide. De tous les pays, à toutes les époques, il n'y eut de famine plus meurtrière - 43 millions de morts. Les autorités continuaient néanmoins à scander leur slogan "Trois ans d'efforts et de privation, et mille ans de bonheur (1)" tandis que les cadavres s'amoncelaient. Les plus touchés par cette catastrophe étaient les détenus des laogai. Ce lieu peu connu, proche des camps des régimes totalitaires Stalinien et Hitlérien, archipel de l'horreur que les détenus quittaient rarement vivants.

Un système répressif
Le système concentrationnaire de la Chine communiste ressemblait à certains égards aux camps soviétiques, décrits à l'époque par Varlam Chalamov ou encore Alexandre Soljénitsyne (2), il servait essentiellement à maintenir l'ordre public en arrêtant les criminels et à réprimer les contre-révolutionnaires opposés au Parti communiste. Le crime commis déterminait le lieu de détention. Les criminels jugés les plus dangereux étaient placés en prison, les autres quant à eux, les petits brigands ou les dissidents politiques, ils étaient envoyés dans des camps de travail, le laogaidui. Organisé selon le modèle militaire celui-ci comportait trois catégories de lieux d'enfermement : Le laogai est l'archétype du travail forcé. La rééducation par le travail (laojiao) est considérée comme une forme complémentaire de laogai. L'affectation professionnelle obligatoire (jiuye) est un dérivé des deux (3). Le passage dans un laogai était l'étape la plus éprouvante pour le détenu. C'est en ce lieu qu'il était le plus malmené physiquement et psychologiquement.

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Le système carcéral chinois (Réalité brute)

Gresse, Florence
n°14, juillet-septembre 2000

Sept ans au Tibet, Little Buddha, ... Pendant que la télévision et les journaux surmédiatisent le Tibet, la Chine, quant à elle, tombe dans l'oubli. Il faut dire que le leader spirituel tibétain, monsieur Lama, passe mieux sur TF1 que les dissidents chinois torturés et exécutés qui nous rappellent quotidiennement l'hypocrisie des gouvernements occidentaux vis-à-vis de la Chine lorsqu'il s'agit de signer quelques contrats juteux. Ce silence médiatique n'est malheureusement pas dû, on s'en doute, à une amélioration de la situation. L'année 1999 vient de connaître la répression la plus importante de dissidents non violents depuis 10 ans (1).

Disparition du Laogai ?
Le laogai "n'existe" désormais plus depuis décembre 1994. Suite aux protestations de nombreux organismes - et de certain gouvernements - soucieux de défendre les droits de l'homme, la Chine a décidé d'engager une légère modification de son système carcéral. A l'avenir, laogai n'apparaîtra plus en tant que mot et dénomination, mais la fonction, le caractère et les tâches de notre administration pénitentiaire resteront inchangés (2). Les visites des familles, unique occasion d'avoir des médicaments et des vivres, sont fréquemment refusées. La torture est encore employée pour faire passer aux aveux. Le personnel pénitentiaire est souvent l'inspirateur des mauvais traitements administrés par les autres détenus ou par les surveillants. Mais le problème se pose également à l'extérieur, quant aux motifs d'incarcération. Des milliers de personnes ont été arrêtées pour des crimes d'opinions. Certains ont été jugés et, à l'issue de procès peu équitables, placés en prison ou en camps de travail. Etre un dissident politique, un membre d'un groupe religieux ou un fervent syndicaliste mène encore et toujours à une peine d'enfermement quand on est en Chine - plus que jamais aurait-on envie de dire à la lecture des différents rapports sur les droits humains en 1999 et en 2000.

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