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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 11

Editorial : Je passe à la télévision donc je suis

Jamin, Jérôme
n°11, octobre-décembre 1999

am11Il y a un peu plus de 250 ans, George Berkeley(1) développait sa théorie de l'immatérialisme.  D'après celle-ci, il était inutile de supposer l'existence de choses matérielles car selon lui, l'être des objets - l'existence matérielle des objets - n'avait de sens qu'à travers un esprit ou une conscience qui les perçoit.  Conclusion de Berkeley : l'existence d'une chose n'est autre que la perception qu'un sujet a de cette chose, l'être des objets n'est que l'être-perçu de ces objets (esse est percipi).  Mutatis mutandis, on pourrait dire aujourd'hui qu'il est inutile de s'interroger sur l'être d'un conflit ou l'existence d'une guerre car ceux-ci n'ont de sens - et n'existent - qu'à travers l'image que la télévision aura bien voulu en donner.  En d'autres termes, même s'il est possible de décrire et de démontrer un conflit tragique quelque part sur la planète (au Daghestan ou en Sierra Leone par exemple), cette démarche est inutile dans la mesure où l'existence de ce dernier n'aura de sens - ne fera sens - qu'à travers un esprit ou une conscience qui les percevra à la télévision.  Cela signifie que du point de vue de la population et de l'opinion publique - et donc du point de vue citoyen qui nous intéresse -, l'existence d'une guerre est directement fonction du temps, de l'argent, des moyens et des hommes qui serviront à couvrir ou non l'événement sur nos télévisions.  Les quatre-vingts jours de guerre (officiels) au Kosovo nous avait habitués à la désinformation et à la surpropagande (voir notre éditorial dans le numéro précédent), le Daghestan nous aura montré la toute-puissance de la télévision lorsqu'elle décide de sélectionner les conflits qui doivent ou non "exister" pour le grand public - et donc pour l'éventuelle réaction citoyenne ("exister" au sens suivant : être l'objet d'un minimum d'intérêt, de réflexion et d'analyse).  Autre guerre, autres intérêts, autres enjeux géopolitiques.  Même cadavres, même réfugiés, même barbarie.    

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L'Autre en questions...

Cormann, Grégory
n°11, octobre-décembre 1999

Dans le numéro précédent d'Aide Mémoire, Tidiane Dioh abordait la question de l'Autre et de son installation dans le champ médiatique, question « effroyablement complexe » selon ses propres termes(1). Dans cet article vivifiant, il essaie de ménager une place pour l'Autre. J'aimerais, à sa suite, apporter quelques précisions, sans me limiter cependant au strict cadre du médium audiovisuel particulier visé par l'article de T. Dioh. J'entendrai ainsi champ médiatique dans un sens extrêmement large qu'il s'agira de préciser plus tard.

Sans précipiter la réponse, que pourrait bien être une société, une communauté, sinon un ensemble d'individus qui communiquent au sein d'un espace commun ? Disons un espace commun ou un espace de communication. Mais aussi, bien souvent, une sphère étanche à tout discours extérieur. Le tour de force politico-social consiste à permettre à l'Autre de s'y installer. Je ne puis qu'adhérer au message de T. Dioh, ainsi qu'à la méthode qu'il promeut après d'autres : l'intégration(2) de l'étranger ou de l'exclu ne peut se faire, en effet, qu' « en transformant leurs plaintes en un discours cohérent ». L'Autre est exclu en tant que la société ne comprend pas ses modes d'expression. La production, notamment culturelle, de l'Autre est ravalée au rang de bruit, à savoir au rang de perturbation dans le langage de la communication. En anglais, bruit se dit noise. Les producteurs de ces « bruits » sont donc souvent considérés comme celui qui cherche noise- c'est le même mot- à la société(3). C'est pourquoi le rap ou les manifestations homosexuelles sont d'abord considérées comme des formes d'expression anti-sociales. Comment comprendre la réaction contre le PACS (Pacte Civil de Solidarité) sinon par cette peur de voir la société gangrenée par cette manifestation de l'Autre aux sens phénoménologique et politique du terme : le PACS réalise - rend effective - l'apparition (sens phénoménologique(4)) de nouveaux acteurs (sens politique), parce qu'il donne un cadre juridique et social à une institution existant de fait depuis longtemps.

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Rock identitaire pour jeunes révolutionnaires

n°11, octobre-décembre 1999

Depuis une petite vingtaine d'années, on observe le développement de ce qu'il est convenu d'appeler la "musique ethnique" ou la "musique du monde" (en anglais "l'ethnic music" et la "world music").  De nouveaux rayons ont fait leur apparition dans les médiathèques, les Fnacs et les Virgins.  Des artistes du monde entier sont désormais accessibles aux côtés des musiques et des rythmes occidentaux.  On ne compte plus les festivals, les CDs, les maisons de disque et les boîtes de production spécialisées qui travaillent exclusivement avec des artistes sud-américains, asiatiques ou encore africains. Mélange de culture, mélange de technologie, multiculturalisme soft (1) , l'effet de mode est passé, la musique ethnique fait désormais partie du paysage musical occidental.  Tant mieux, cela ne peut que favoriser la découverte de l'Autre et ça fera peut-être baisser le taux élevé de xénophobie en Europe - xénophobie au sens fort et étymologique du terme : trouille bleue de tout ce qui est étranger, différent et inconnu.   

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Un héritier de Degrelle au Blok

Grégoire, Denis
n°11, octobre-décembre 1999

Cheville ouvrière du néorexisme, Jean-Robert Debbaudt, un personnage aux multiples facettes, est, depuis plus de 50 ans, une figure emblématique de l'extrême droite belge.  Ami intime de Léon Degrelle, son nom est associé à maintes tentatives de refondation d'un mouvement néofasciste tant sur le plan national qu'européen.  Depuis le début des années 90, cet actif pensionné francophone a rejoint les rangs du Vlaams Blok.  Comme Johan Demol...  
Frayant depuis de longues années dans les eaux troubles de l'antisémitisme, du négationnisme et du néonazisme à l'échelle internationale, Jean-Robert Debbaudt affectionne aujourd'hui l'image d'un paisible retraité francophone.  Loin du portrait rassurant qu'il tente de forger face aux caméras de la VRT, à l'occasion du Congrès bruxellois du Vlaams Blok, où lorsqu'il est interviewé par le magazine du parti, Debbaudt incarne le lien permanent entre l'extrême droite actuelle et un passé aux relents pour le moins nauséabonds.  

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L'austro-fascisme à la Jörg Haider (Mémoire brute, réalité brute)

Jamin, Jérôme
n°11, octobre-décembre 1999

Avec 27,2 pc des suffrages lors du scrutin législatif du 3 octobre 1999, le FPÖ, le Freiheitliche Partei Österreichs (1) de Jörg Haider, devient la deuxième puissance politique de l'Autriche après le SPÖ, le Sozialdemokratische Partei Österreichs (2) qui remporte 33,2pc des suffrages, et à égalité avec l'ÖVP, l'Österreichische Volkspartei (3). Comment les Autrichiens ont fait leur compte pour ramener progressivement au pouvoir, au cours de ces quinze dernières années, un parti néo-fasciste fondé par d'anciens nazis?  Quels sont les facteurs politiques, historiques, économiques et idéologiques qui expliquent un tel phénomène seulement 54 ans après "la sinistre nouvelle de ce que l'homme, à Auschwitz, a pu faire d'un autre homme "? (4)  

Les anciens nazis et la reconstruction de la droite classique  
Histoire oblige, plus que dans n'importe quel autre pays à l'exception de l'Allemagne, l'extrémisme de droite en Autriche s'inscrit directement dans la tradition nationale pangermaniste et le national-socialisme qui en est issu.  En effet, quelques mois après la fin de la guerre, ex-nazis, nationalistes en tous genres et autres anciens SS se retrouvent sous la bannière du VdU, le Verband der UnabhÖngigen, une association qui regroupe des Indépendants.  Très vite, celle-ci présente des candidats aux élections et obtient plusieurs sièges avant d'entamer avec plusieurs groupements d'extrême droite - des plus extrémistes aux plus modérés - la reconstruction de la droite autrichienne, reconstruction au demeurant facilitée par le retrait progressif des troupes alliées jusqu'en 1955.  Un an plus tard, suite à de nombreux désaccords internes, le VdU "nationaliste" rompt avec son aile libérale et forme une nouvelle structure, le Parti libéral autrichien, le parti de la Liberté (FPÖ).  Le FPÖ est né, ses premiers dirigeants sont des anciens nazis parmi lesquels on trouve un ancien ministre autrichien sous le régime national-socialiste ainsi qu'un officier SS.  Jusqu'en 1986, pendant près d'une trentaine d'années, le parti fait progressivement son entrée dans le système démocratique, un peu comme "la traversée du désert" du Front national français (1972-1983) où Jean-Marie Le Pen remporte sa première victoire électorale 11 ans après la création de son mouvement.  Le FPÖ se développe, et dans une certaine mesure il se respectabilise.  Il attire autant des libéraux et des conservateurs que des pangermanistes, des anciens nazis et des extrémistes de droite déçus par la stagnation voire le recul des nombreux groupuscules extrémistes qui constituent la nébuleuse néo-fasciste autrichienne.  En 1983, le FPÖ participe à une coalition gouvernementale avec les socialistes.  

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