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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 8

Editorial : Sommes-nous le néant attendant le chaos ?

Jamin, Jérôme
n°8, janvier-mars 1999

am08Sommes-nous le néant attendant le chaos ? La question mérite d'être posée. Dans quelques semaines, le Belge deviendra citoyen, l'espace de quelques minutes, dans l'isoloir. Evoquant Rousseau qui ironisait au sujet des Anglais, feu Cornelius Castoriadis nous rappelle que nous autres Belges ne sommes libres qu'un jour tous les quatre ans, le jour de l'élection. Liberté certes limitée, mais bonne à prendre si l'on pense aux Chinois, aux étudiants indonésiens, aux intellectuels chiliens ou encore aux Syriens qui ont « réélu » avec 99,4 % des suffrages le président Hafez-el-Assad. Election qui rappelle les votes staliniens comme les Saddam Hussein et autre Muammar al-Kadhafi sont capables d'en organiser.
Liberté limitée pour deux raisons ? D'abord parce que le vote en Belgique n'est pas un droit mais une obligation. Cela peut paraître anodin, mais ce système dissimule le formidable déficit démocratique de notre société. En effet, combien de personnes en âge de voter se déplaceraient aujourd'hui jusqu'au bureau de vote si ce n'était obligatoire ? Les chiffres qui reprennent les abstentions légales et illégales sont paraît-il révélateurs !
Liberté également limitée par rapport au peu de pouvoir que possèdent les citoyens sur leurs élus après les élections. Face à des promesses qui sont les mêmes dans tous les partis – baisser le chômage, lutter contre l'insécurité, remettre l'humain au centre, … - que peut espérer l'électeur ? Et surtout, que pourra-t-il faire si les promesses ne sont pas tenues ?

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L'éclatement du FN

Jamin, Jérôme
n°8, janvier-mars 1999

Nous ne nous aimons plus de détester ensemble 
Après de nombreux mois passés aux côtés de sympathisants du Front National à Marseille, Anne Tristan clôturait son enquête avec cette expression percutante qui à elle seule reprenait les dimensions sociale, psychologique et politique de la complexité du vote frontiste: Les sympathisants du FN s'aiment de détester ensemble(1) . Depuis le 5 décembre, date du début des hostilités, c'est les deux camps - Mégrétistes et Lepénistes - qui se détestent mutuellement. En ce sens, l'énergie consacrée à la haine de l'autre se déploie cette fois-ci au sein même du FN, ce qui n'est pas pour déplaire aux individus attachés à la démocratie. Après des "trahison", "complot" et autre "félons" pour qualifier les agissements et les acteurs de la dissidence mégrétiste, Jean-Marie Le Pen a même réussi à dénoncer "une minorité extrémiste et raciste de s'être livrée à une tentative de pu-putsch" (6 décembre 1998). Le Pen qui dénonce une minorité raciste et extrémiste, on aura donc tout vu! 

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La Mémoire des chiffres

Raxhon, Philippe
n°8, janvier-mars 1999

Certains l'ont, d'autres pas, la mémoire des chiffres que l'usage de la calculette a battu en brèche. Et pourtant, elle fait parler d'elle ces temps-ci, car quand il s'agit d'argent, on compte aussi sur l'histoire et le crédit qu'elle peut donner aux uns et aux autres. La question des biens juifs spoliés et des dédommagements est à l'ordre du jour. Elle est légitime, car elle met à jour l'ampleur du désastre, les rôles cachés des banques, tout un système de collaborations internationales, les mécanismes qui prédisaient à la destinée de la race des seigneurs réduite à une bande d'assassins et de voleurs. Elle est légitime car il n'y a pas d'heure pour la justice et les réparations qu'elle implique, même si, et les victimes en sont les premières conscientes, les innombrables vies perdues, gâchées, brisées n'ont pas de prix. Mais l'argent a une odeur, et que celui qui ne le croit pas lève le doigt. Et la démarche des victimes du nazisme n'a évidemment rien à voir avec celle de ces collaborateurs flamands qui réclament de l'argent pur avoir perdu la guerre, ou celle d'autres vieux soldats SS d'armée détruite pour avoir tenté de faire le tour du monde avec leur paire de bottes. On sait qu'en Allemagne, depuis 1950, on peut être pensionné et avoir été combattant waffen SS, même si la loi a été corrigée en 1997 seulement, en excluant de ce bénéfice les SS reconnus (?) coupables de ces crimes de guerre. La SS était une création directe du parti national-socialiste, antérieure à la prise du pouvoir par Hitler, et non l'état allemand, il est parfaitement contradictoire, anticonstitutionnel même, que ce état allemand démocratique maintienne le versement de ces pensions financées avec les impôts des citoyens. A côté des victimes et des criminels, d'autres acteurs font aujourd'hui entendre leur voix comme les anciens propriétaires de terrains expulsés en 1941 pour permettre la construction d'Auschwitz-Birkenau. Ils réclament des indemnisations et ont fondé une association pour soutenir les descendants de quelque 2.000 familles expulsées, selon la présidente de l'association. Mais là où ça dérape vraiment, c'est lorsqu'ils menacent si leurs revendications n'aboutissent pas, de faire barrage aux manifestations annuelles du souvenir liées à a Marche des Vivants qui rassemble des Juifs du monde entier commémorant Auschwitz. S'ils en sont réduits à prendre en otage des survivants du génocide, ces hyènes méprisables n'auront droit qu'à une indemnité, la pièce du bourreau.

P. Raxhon, Historien – Université de Liège.
« Mémoire Vive » - Le Matin du 16/2/1999

Mots-clés : Nazisme
© Les Territoires de la Mémoire- Belgique

En débat : «Faut-il interdire l'extrême droite ?»

Georges, Gérard
n°8, janvier-mars 1999

Suite à l'article de Jérôme Jamin sur la nécessité d'interdire les formations politiques d'extrême droite, Monsieur Gérard Georges, Président du Conseil Provincial de Liège, nous a fait parvenir son point de vue sur la question. Nous en reproduisons ici quelques extraits. 
Cité comme témoin devant la 13ème Chambre du Tribunal correctionnel de Liège à la demande de la Ligue des droits de l'homme, du Centre pour l'égalité des chances et du MRAX, Monsieur Georges a témoigné en tant que président du Conseil Provincial de Liège suite aux propos racistes et xénophobes du Conseiller provincial Hubert Defourny (ancien d'Agir et actuel président de REF). Il suggère, pour mieux combattre l'extrême droite, d'engager une action offensive (et non défensive). Cette action doit être développée par le législateur, les démocrates et les juristes. 
- Le législateur s'organisera par exemple pour supprimer la dotation à tous les partis qui ne respectent pas les libertés fondamentales. Ceci est une bonne chose mais ce n'est qu'un moyen. Il faudra aussi qu'une bonne fois pour toutes on interdise la tenue de réunions pour tous les adversaires de la démocratie. 
- Nous les démocrates nous devons surtout prendre le temps d'expliquer ce que nous faisons à tous les niveaux pour: améliorer la sécurité du citoyen dans son quartier, son école, son lieu de travail, son habitation; assumer les politiques d'intégration et de lutte contre l'exclusion; développer l'emploi en redistribuant le temps de travail, respecter les droits sociaux, maintenir la sécurité sociale ; encourager la solidarité ; défendre les droits de l'homme et les valeurs démocratiques.- Quant aux juristes, ils devront développer 2 pistes complémentaires à savoir: (1) Modifier le code électoral afin d'enlever à tout candidat la possibilité de se présenter aux élections quand par exemple il a encouru une condamnation de type antiraciste; il aura dès lors perdu d'office ses droits civils et politiques. (2) Correctionnaliser le délit de tracts racistes, sans nécessairement condamner d'une manière globale la presse, car le racisme est un délit. 
(...) Plutôt que de dénoncer les dérives de l'extrême droite, nous devons annoncer, nous démocrates, ce que nous faisons réellement sur le terrain pour améliorer des situations de plus en plus difficiles. (...) Plutôt que de rester au balcon en se disant : "moins on en parle, moins on leur fait de la publicité", n'hésitons pas à tout faire pour éradiquer tous les partis anti-démocratiques. On ne doit en effet pas être démocratique avec les ennemis de la démocratie.

Mots-clés : 
Citoyenneté,Extrême droite
© Les Territoires de la Mémoire- Belgique

En 1998, le 50e anniversaire

Dauby, Dominique
n°8, janvier-mars 1999

En 1998, le 50e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l'homme coïncidait avec le 60e anniversaire de la nuit de cristal. Le 9 novembre 1938, en effet les nazis incendièrent les synagogues, brisèrent par milliers les vitrines des magasins juifs, déportèrent des centaines et assassinèrent des dizaines de juifs. Les gouvernements démocratiques de l'époque ne réagirent pas, soucieux qu'ils étaient de ménager Hitler, pour éviter le pire… Nous savons aujourd'hui le prix payé pour cette lâcheté par les juifs mais aussi les tziganes, les homosexuels, les opposants politiques. Le 22 septembre 1998, une jeune femme de 20 ans est morte, étouffée par le coussin que des gendarmes appliquaient sur son visage pour l'empêcher de crier. Semira Adamu n'est pas la première victime d'une expulsion forcée et son assassinat ne peut être qualifié de bavure. Il est la conséquence logique et inéluctable d'une politique conçue et votée par des démocrates. Ce n'est pas le Vlaams Block qui, depuis plus de dix ans, construit la politique d'immigration et d'asile de la Belgique. Ce n'est pas le Vlaams Block qui consolide l'arsenal répressif de ce pays à l'encontre des étrangers, des chômeurs, des allocataires sociaux. Ce sont des démocrates. Qui pensent-ils ménager pour éviter le pire ? L'extrême droite ? Mais elle applaudit, l'extrême droite ! Promettant de faire mieux encore quand elle aura plus d'élus ! Les démocrates pensent-ils vraiment la combattre avec des politique qui, au-delà de leurs discours, affirment clairement que l'étranger est un danger potentiel, le chômeur un profiteur par essence et l'allocataire social un fainéant doublé d'un malhonnête ? Ces politiques légitiment le discours de l'extrême droite et la renforcent, toujours. Ce fut vrai dans les années 30, ce l'est encore aujourd'hui.

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