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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 4

Editorial : Après 32 ans de mobutisme...

n°4, juillet-septembre 1997

am04Après 32 ans de mobutisme, voici donc le Zaïre redevenu Congo et bientôt, peut-être, démocratique. Mais à peine Kabila s'était-il installé à Kinshasa que, déjà, il était la proie de toutes les accusations, de toutes les suspicions. Comme s'il pouvait, d'un coup de baguette magique, faire entrer un pays dévasté dans une ère moderne de prospérité et de démocratie. Comme s'il pouvait, en un instant, gommer les rancoeurs, les ressentiments, les haines, mûris tout au long d'une dictature sanglante et ruineuse. Comme s'il pouvait, d'un claquement de doigts, faire surgir de nulle part toute une génération d'administrateurs, d'enseignants, de cadres...
Attention: il s'agit pas ici de signer un chèque en blanc à un Kabila dont les contours autoritaires peuvent légitimement inquiéter. Mais on ne peut s'empêcher de constater que, ce qui semble surtout déranger en lui, c'est sa relative indépendance par rapport à certaines puissances étrangères qui s'accomodaient fort bien de la dictature mobutiste, et dont il est venu troubler les manoeuvres géopolitiques. Des manoeuvres où le bien-être des populations locales tient bien peu de place au regard des positions stratégiques et des enjeux économiques, comme on a encore pu le constater à Brazzaville.
L'Europe a des responsabilités énormes sur un continent africain qui fut longtemps son apanage exclusif et sur les misères duquel elle s'est empressée de fermer les yeux quand cela ne servait pas ses intérêts immédiats. Les Africains ne sont pas dupes de ce mercantilisme, et les politiques néo-impérialistes qu'on continue à mener en Afrique centrale ont un effet désastreux sur toute la francophonie.

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Extrême-droite: Gare à la contagion : interview de Christian Goux

Goux, Christian
n°4, juillet-septembre 1997

Extrême-droite: Gare à la contagion : interview de Christian Goux 
Un seul député FN à l'Assemblée nationale, certes, mais plus de quinze pour cent des suffrages au premier tour! En France, le Font National se pose plus que jamais en arbitre, en force avec qui il faudra bien compter. Mais le véritable danger, estime le socialiste Christian Goux, battu il y a quelques mois par le nouveau maire FN de Toulon, ce n'est pas tant les scores électoraux du FN que la contamination de la droite "classique" par les idées de l'extrême-droite. 
Son seul député, c'est à Toulon que le Front National l'a obtenu. Toulon, bastion de l'extrême-droite qui en détient la mairie depuis l'été 1995. Toulon, lieu particulier de la politique française, et l'un des "laboratoires" d'une extrême-droite à la fois conquérante et insidieuse, dont les thèses risquent de se propager pa rcontagion à une droite "classique" désormais aux abois. 
Christian Goux est un témoin privilégié de cette évolution politique: il menait la liste socialise aux élections municipales de 1995 à Toulon, qui se sont soldées par la victoire du FN et la prise de la mairie par Le Chevallier. Malgré une actualité évidemment chargée, il a répondu à l'invitation de Territoires de la Mémoire, entre les deux tours. Il nous a expliqué la situation politique assez particulière de sa ville, et a esquissé les conditions d'une lutte efficace pour faire barrage à l'extrême-droite: refaire de la politique, retrouver un discours idéologique, repartir la rencontre des gens. 

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Une réflexion sur la Mémoire : Pourquoi l'extrême-droite?

Kotek, Joël
n°4, juillet-septembre 1997

Qu'est-ce qui a poussé Jacques Chirac à avancer la date des élections législatives? Principalement la peur qu'inspire à la droite française le parti de Jean-Marie Le Pen. Peu avant le premier tour des élections, Alain Juppé n'expliquait-il pas à des journalistes: "la dissolution était en grande partie destinée à prendre le FN de court. C'est réussi." Manifestement, l'ex-Premier ministre péchait par optimisme. Le moins qu'on puisse dire, en effet, est que l'opération a carrément échoué: premièrement, avec près de 16% des voix, le Front a bien été l'un des vainqueurs du premier tour (on n'ose imaginer son score dans le cas d'un scénario classique). Deuxièmement, on peut affirmer au lendemain du second tour que, sans les triangulaires où le FN s'est maintenu, la gauche n'aurait pas gagné. Jean-Marie Le Pen a nommé de facto Jospin à Matignon: sur les 76 circonscriptions où s'affrontaient au second tour un candidat de droite, un candidat de gauche et un candidat du Front National, la gauche l'a emporté dans 47 cas et la droite dans 29. Avec Jean-Luc Parodi (Le Soir, 3 juin 1997) et Patrick Jarreau (Le Monde du 3 juin), force est d'admettre que Le Pen a contribué à la victoire de la gauche. 
La question s'annonce dès lors évidente: comment expliquer le succès du FN en France? Pourquoi l'extrême-droite y exerce-t-elle une telle influence et pas ailleurs, en Allemagne ou encore en Grande-Bretagne? 
La crise n'explique pas tout. 

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Le "127 bis" en attendant Vottem : des barbelés autour de l'espoir.

n°4, juillet-septembre 1997

Premières bouffées de printemps, ce dimanche ensoleillé de la fin du mois de mai à Steenokkerzeel, à un jet de pierre de Bruxelles National. Rugissement de réacteurs, et décollages successifs, les avions passant si près qu'on croirait pouvoir les toucher. Départs vers le soleil, l'évasion, la liberté... 

Liberté? Vous avez dit liberté? 
Pas pour tous. Pas pour ceux, invisibles d'ici mais tellement présents, qu'on entend hurler leur rage et leur désespoir, tambouriner sur les vitres fumées de leur chambre, leur dortoir, leur cellule peut-être. Cela se passe là-bas, un peu en contrebas de la route, dans ces pavillons d'apparence plutôt moderne, genre entreprise modèle-moderne dans un terrain industriel. Rien en soi qui attirerait le regard, s'il n'y avait cette haute enceinte de barbelés surmontée de projecteurs et équipée de caméras de surveillance... 

Gêné, le ministre? 
Derrière les barbelés, à l'intérieur du camp, sinistre, rien ne bouge. Le printemps, le petit vent tiède sous le soleil de mai, c'est pour les autres, les hommes libres, ceux de l'extérieur. 
Dedans, derrière les murs préfabriqués, allez savoir comment ça se passe, comment vivent ces gens qui continuent à crier, à tambouriner: le ministre de l'Intérieur n'a pas donné l'autorisation de visiter. Gêné, monsieur Vandelanotte? 
Alors, du bord de la route, du bon côté de la clôture, on se contente de deviner. La chaleur, l'hygiène approximative, la sueur, la promiscuité. Les pleurs des enfants qui ne comprennent pas. Le désespoir des parents, qui ne comprennent que trop bien . 
Et qui, de leur fenêtre observent sans doute l'attroupement formé ici, à l'extérieur. Sous l'oeil d'une dizaine de gendarmes, plutôt bon enfant, et de deux gardiens armés de chiens policiers, une centaine de "visiteurs" réunis à l'invitation du mensuel C4 (*) regardent la disposition des lieux, écoutent le tambourinage, les appels lancés en anglais: "We want freedom", "Nous voulons la liberté". 

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Marek Halter : le sens d'un parrainage

n°4, juillet-septembre 1997

Avec Marek Halter, c'est un véritable "combattant de la mémoire" qui a accepté de rejoindre, il y a quelques semaines, notre comité de parrainage. 
Marek Halter a connu très tôt une existence mouvementée, bouleversée par les tourbillons de l'Histoire: né en 1936 dans le ghetto de Varsovie, la guerre le conduit en Ouzbékistan, d'où il rebondit en Argentine, se frotte à la Terre Promise pour, finalement, aboutir en France dont il prend la nationalité. 
Ecrivain mondialiste, cosmopolite, "combattant militant" comme il aime à se définir, il dit avoir appris le français en même temps que la liberté. "Mais aussi la démocratie, ce flambeau qui éclaire mais parfois brûle les doigts. Elle n'est pas facile à gérer, la démocratie, mais sans elle nous sombrerons". 
Marek Halter, c'est soixante ans d'une existence consacrée à la réflexion sur la justice et l'injustice, sur la démocratie et l'intolérance. C'est une démarche opiniâtre, cohérente, qui l'a conduit dans le monde entier à la recherche des Justes, ceux qui ne sont pas restés sans rien faire pendant l'horreur nazie: "Ce sont eux qui accusent tous ceux qui sont restés passifs ou qui n'ont pas levé le petit doigt, pas moi. Ils témoignent et ils accusent. C'est donc beaucoup plus fort". 
Marek Halter, c'est aussi une réflexion sur la Mémoire, nécessaire mais pas suffisante: "Nous avons cru qu'il suffisait de montrer l'horreur, la souffrance des victimes, pour faire pencher toute une humanité vers la tolérance et lui faire prendre le dégoût de la violence absolue. En somme, que les hommes étaient naturellement bons, mais ignorants. Or, nous découvrons que le bourreau fascine autant que les victimes, que le mal attire autant que le bien. (...) L'expérience récente confirme ce que les sages répètent depuis des siècles: la mémoire peut expliquer et justifier un interdit. Elle ne peut le remplacer. La mémoire est une borne, un enseignement. Il nous incombe de l'entretenir dans ce but. Mais il ne suffit pas de dire: aime ton prochain pour que le mal disparaisse. Pour être efficace, ce précepte doit s'accompagner de cet autre: tu ne tueras point. Et l'interdit, lui, doit s'accompagner de sanctions". 

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