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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 2

Editorial : La légitime indignation...

n°2, janvier-mars 1997

am02La légitime indignation suscitée par les affaires criminelles de cet été a donné lieu, chez nous, à une atmosphère de délation et de suspicion qui semble vouloir ouvrir les portes d'un "nouvel ordre moral" fondé sur l'intolérance et le rejet des différences. Certains, déjà, n'hésitent pas à tirer parti de l'émotion soulevée par ces crimes atroces pour remettre en question des principes fondamentaux de la démocratie, comme le respect de la vie privée ou la présomption d'innocence. Serait-il encore permis, demain, d'être homosexuel, divorcé, juif ou libre penseur? 
Le climat qui s'installe actuellement dans ce pays est extrêmement pernicieux. En dénonçant, à bon droit, les manquements du système politique et judiciaire, d'aucuns mettent carrément en cause le fonctionnement démocratique de ce système, Qu'on prenne garde à ne pas se laisser entraîner dans un tel engrenage. Gare à la tentation de récuser le politique sous prétexte de sanctionner les manquements de quelques politiciens! Car, déjà, l'extrême-droite cherche à exploiter cette crise de confiance de la population. Témoin le tract scandaleux diffusé à Bruxelles à un demi-million d'exemplaires, dans lequel le Vlaams Blok dénonce sans nuances l'ensemble de la classe politique, et trafique les chiffres sans vergogne pour faire endosser aux seuls étrangers la responsabilité de nos problèmes économiques. Ce parti raciste est pourtant financé par l'État qu'il cherche ouvertement à détruire! 
Et, le moins qu'on puisse en dire, c'est qu'il ne lésine ni sur les moyens, ni sur les techniques, pour développer une propagande et une stratégie visant, à court terme, à abuser de la complexité de notre mécanique politique pour bloquer tout son fonctionnement et, alors, imposer ses "solutions" réductrices et simplificatrices. N'est-ce pas là, finalement, la faute la plus grave de notre système démocratique: laisser les néo-fascistes occuper un terrain qui devrait être réservé aux seuls partis démocratiques? À force de récuser le politique, on ouvre la voie au totalitarisme. Et, une fois installé, celui-ci n'a pas pour habitude de céder la place...

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Editorial
© Les Territoires de la Mémoire- Belgique

Etrangers l'amalgame

Brielmaker, Jean-Paul / Cornil, Jean
n°2, janvier-mars1997

Les immigrés clandestins sont-ils l'arbre qui cache la forêt de la discrimination? C'est en tout cas le sentiment de Jean Cornil, directeur adjoint du centre pour l'égalité des Chances, et de Jean-Paul Brilmaeker, président de la section liégeoise de la Ligue des Droits de l'Homme, avec qui nous avons voulu poursuivre le débat sur l'accueil des étrangers, entamé ici même avec Vincent Lurquin, président du MRAX.
Jean-Paul Brilmaeker : Il est important qu'on s'intéresse à la situation des réfugiés. Dans le langage courant, on assimile tous les non-belges sous le vocable "immigrés", et tous les immigrés sont perçus sous l'image unique des demandeurs d'asile, c'est à dire des gens qui n'ont pas du tout les mêmes références culturelles que nous, qui n'ont pas la même perception de la femme, la même conception de l'éducation et de l'autorité, etc. Il y a là tout un amalgame, alors que les réfugiés ne représentent qu'un faible pourcentage des étrangers en Belgique: ils sont 50 à 60.000 alors que, dans l'esprit de la population, ils se comptent en centaines de milliers.
Il est important de voir que le "problème" n'est pas un problème d'immigration: le vrai problème, c'est notre refus de leur intégration. Les comportements de référence, ceux des administratifs , jusqu'aux magistrats, ceux qui sont supposés avoir la vision la plus fine de la société, ressortissent de cet amalgame. Et donc, alors que les discriminations concernaient essentiellement les demandeurs d'asile, elles s'étendent maintenant à tous les étrangleurs immigrés, ainsi que les avocats peuvent le constater dans e r pratique de tous les jours.

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Elie Wiesel : le sens d'un parrainage

n°2, janvier-mars 1997

Militant de la mémoire, témoin de l'indicible, combattant infatigable de la cause de l'Homme; juif hongrois devenu écrivain américain; rescapé d'Auschwitz et de Buchenwald ; prix Nobel de la Paix 1986. Elie Wiesel est, par essence, un citoyen "naturel" des Territoires de la Mémoire. Et c'est sans hésitation qu'il a accepté de figurer, aux côtés de personnalités comme Arthur Haulot ou Simone Veil, dans notre comité de parrainage. Dans une interview (*) accordée à l'occasion de sa nomination comme octeur honoris causa de l'UCL, il y a quelques mois, il expliquait le sens de son action, ses craintes et ses espoirs. 
Être optimiste? L'antisémitisme continue, les négationnistes font leur travail. Il y a un assaut contre la mémoire, un assaut laid. En même temps, je suis optimiste parce que je sais que chez les jeunes d'aujourd'hui, il y a un intérêt nouveau pour ce qui représente le passé, et il y a plus de 200 organisations humanitaires qui se battent pour les droits de l'homme. Je suis comme Albert Camus qui disait que, parfois, il faut choisir entre l'optimiste qui pleure et le pessimiste qui rit. S'il y a un mot auquel je m'accroche aujourd'hui, c'est la découverte par le verbe, dans le verbe. Dans ce verbe, je trouverai deux mille ans d'histoire, je trouverai tous ceux qui ont répété ce verbe, qui ont exploré ce verbe, qui sont partis avec ce verbe. C'est cela mon travail : obéir à la mémoire par le verbe. A la fin de ce siècle, nous nous rendons compte que, lorsqu'une communauté est menacée, toutes sont atteintes. Aujourd'hui, chacun a le droit de croire comme il veut, à condition que ce soit une croyance influencée par cette nécessité belle et noble qu'est la tolérance. Pour moi, étant né juif, le seul moyen de m'adresser aux non-juifs, de vivre dans un monde non-juif, c'est d'offrir ce que j'ai, c'est d'offrir ce que je suis, à travers ma judaïté, à travers ma tradition et l'attachement à ma tradition. 

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Révisionnisme : une stratégie contre le mensonge

n°2, janvier-mars 1997

Face aux attaques des révisionnistes, la plupart des pays européens se sont dotés d'une législation réprimant les écrits négationnistes. Encore faut-il appliquer les textes ainsi adoptés et, surtout, mener parallèlement une véritable politique d'éducation et d'information... 
"En Belgique", explique Patrick Liebermann, du Centre pour l'égalité des chances et de lutte contre le racisme, "la proposition signée par les députés Yvan Mayeur et Claude Erdekens a été introduite dans la foulée du cinquantième anniversaire de la libération des camps, et alors qu'on assistait, en Flandre surtout, à la diffusion d'écrits révisionnistes. La Belgique s'était vue, à l'époque, interpeller à plusieurs reprises parce que, faute de législation appropriée, elle jouait un rôle de plaque tournante pour la distribution de ces écrits. Si l'on ajoute à cela la montée du Vlaams Blok, et la nécessité technique de réprimer ces théories ailleurs qu'en cour d'assises (seule compétente pour les délits de presse), on avait donc une conjonction d'éléments favorables à l'adoption d'une loi contre le révisionnisme". 

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Paul Louka

Louka, Paul
n°2, janvier-mars 1997

am2 paul_loukaÉphémère par nature, légère par vocation, la chanson ne se situe-t-elle pas aux antipodes de la mémoire? 
Ce n'est pas l'avis de Paul Louka dont la guitare retrouverait bien vite le chemin de l'Espagne si, par malheur, un jour.. 
Paul Louka: Éphémère, la chanson? C'est vite dit. On chante toujours le temps des cerises, non? Dans mon répertoire, j'ai pas mal de chansons-mémoire, comme Tante Sarah, sur un très beau texte de Georges Elias, comme "Chez-Maman" ou "Ne pleure pas", qui traitent d'une mémoire de faits plus personnels. Je crois que, une fois que tu as bien réussi cette rare et difficile conjonction d'une musique et d'un texte tu peux inscrire ta chanson dans la mémoire des gens. Et tu peux, aussi, lui faire porter un sens politique. 
Crois-tu qu'on se donnerait la peine de censurer des chansons si elles ne pouvaient pas s'inscrire dans la mémoire? 
Or, ma chanson Saragosse (tu sais bien: j'ai fait la noce, à Saragosse, ...) qui dénonçait l'Espagne franquiste, a été interdite en 1967, et "Ma guitare n'est plus espagnole" a été censurée dix ans plus tard. Pas officiellement, bien sûr. 
Ces choses-là se font en douceur, insidieusement. 
Alors oui, la chanson est porteuse de mémoire, si elle est réussie, si elle est l'enfant de ce mariage d'amour entre les paroles et la musique. 
Alors, oui, la chanson a sa place dans la construction de la mémoire. Même si elle ressort d'un "art mineur", Même si elle ne s'impose pas immédiatement, comme "Les feuilles mortes", une grande chanson, ça reste. Même si on danse dessus (et pourquoi pas, d'ailleurs?) la chanson peut être un témoignage, l'expression d'une passion, d'une souffrance. 
S'il avait fallu, si les choses n'avaient pas changé en Espagne, j'en aurais encore écrit une autre, dix ans après "Ma guitare n'est plus espagnole". 
Parce qu'une chanson, ce peut être aussi un témoignage, un éditorial, une arme. 
Alors, oui, c'est aussi une mémoire.

Mots-clés : Art,Biographie
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