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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide-mémoire 83

Défaire nos idées toutes faites sur l'anarchie (éditorial)

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

 

AM83 p.4 5 6 Amour et anarchie« Y'en a pas un sur cent et pourtant ils existent », chantait Léo Ferré au sujet des anarchistes desquels il se revendiquait par ailleurs. Et, de sa voix et sa verve si particulières, les décrivait-il notamment comme « La plupart fils de rien ou bien fils de si peu / Qu'on ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux ». Mais qui sont-ils, ces fameux anarchistes qu’on évoque de temps à autre, le plus souvent de façon péjorative et, de fait, anxiogène ? Qu’est-ce donc finalement que l’anarchie ?

Dans le précédent numéro, Maite Molina Mármol nous entretenait déjà du « rêve égalitaire » soutenu dans les années trente par des mouvements anarchistes espagnols, en particulier catalans, et qui consistait dans la mise en œuvre concrète d’un nouveau projet de société, suscitant notamment l’admiration de George Orwell, présent à Barcelone en 1936. Celui-ci écrivit : « C’était bien la première fois dans ma vie que je me trouvais dans une ville où la classe ouvrière avait pris le dessus. À peu près tous les immeubles de quelque importance avaient été saisis par les ouvriers et sur tous flottaient des drapeaux rouges ou les drapeaux rouge et noir des anarchistes (…). Tout magasin, tout café portait une inscription vous informant de sa collectivisation (…). Il n’y avait pas d’automobiles privées : elles avaient été réquisitionnées ; et tous les trams, taxis et bon nombre d’autres véhicules étaient peints en rouge et noir. (…) Et le plus étrange de tout, c’était l’aspect de la foule. À en croire les apparences, dans cette ville les classes riches n’existaient plus. (…) (A)utant qu’on en pouvait juger, les gens étaient contents, emplis d’espoir[1]. »

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Le vol ou l’envol de la démocratie ?

 Par Oliver Starquit

 

« Démocratie a jadis été un mot du peuple, un mot critique, révolutionnaire. Il a été volé par ceux qui gouvernent le peuple, pour accroître la légitimité de leur domination. Il est temps de le revendiquer et de lui réinsuffler son pouvoir radical. »

C. Douglass Lummis[1]

AM83 p.1 Starquit ccphilosophygeekDans Démocratie, histoire politique d’un mot et dans La peur du peuple, agoraphobie et agoraphilie politiques[2], Francis Dupuis-Déri revient sur les tribulations du mot démocratie au fil des siècles et évoque clairement, tel un détective, la piste d’un larcin lexical : au XVIIIe siècle, le mot démocratie sentait le souffre et pour le démonétiser, les gouvernants ont installé, à la suite de la Révolution américaine et de la Révolution française une aristocratie élective à laquelle on a affublé le terme démocratie, partant du principe que «  les individus et les forces politiques choisissent des termes et les définissent en fonction de leur efficacité présumée dans un débat politique[3] ».

Et pour promouvoir cette aristocratie élective et en vanter les bienfaits, il a fallu insuffler une dose d’agoraphobie au peuple pour le disqualifier : « si l’élite parvient à insuffler une dose d’agoraphobie au peuple lui-même, celui-ci aura alors peur de son propre potentiel politique, sa propre liberté politique lui apparaissant comme une menace, un fléau[4] ». Cette agoraphobie politique primaire repose sur trois principaux arguments : « le peuple serait irrationnel et donc emporté par les passions, il serait aisément manipulable par les beaux parleurs et il se diviserait en factions radicalement opposées[5] » (les mêmes moisissures argumentatives pourraient être adressées aux élites). Il est par ailleurs intéressant et néanmoins troublant de constater que les termes d’élection et d’élite ont la même étymologie. Et c’est ainsi que le jeu électoral va constamment être mu par une « logique monarchique et aristocratique dont la finalité reste la victoire d’un monarque (élu) et d’une aristocratie (élue)[6] ».

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Au-delà du capitalisme : voyage au sein des communs (3e partie)

Par Jérôme Delnooz

 

W0129 NDdL ZaD Cabanes 56942Sortir de notre système politique et économique où règnent la propriété privée et la quête effrénée du profit pour « quelques-uns », tout en transformant les relations sociales qui en découlent et nous touchent tous. Voilà à présent trois numéros d’Aide-mémoire que nous nous penchons sur le modèle des biens communs comme piste pour impulser ce changement. Il sera surtout question dans ce dernier article des alliances à nouer et des leviers à activer pour le mettre en œuvre.

Comme nous l’avons vu, outre leur grande méfiance envers le marché dérégulé, une des volontés des « commoneurs » est d’obtenir davantage d’autonomie par rapport à la sphère politique institutionnelle (État, partis, etc.). Symptomatique d’une crise de confiance et d’indignation (légitime) envers celle-ci, la défiance se doit toutefois d’être critique, mais aussi mobilisatrice et constructive. Selon nous, il est important que différents types de liens soient maintenus avec les pouvoirs publics, même de manière momentanée, proportionnelle et surtout… conditionnée. Et ce pour plusieurs raisons stratégiques.

En premier lieu, comme le souligne Jean Lojkine[1], le changement systémique ne peut s’opérer qu’à travers une logique sociale. Il faut inévitablement agir à l’échelle de l’économie – et de surcroît sur le terrain des politiques économiques – notamment pour orienter et favoriser l’éclosion d’un modèle d’économie sociale et solidaire. Or, dans la logique d’économie mixte que nous connaissons (privé, public, partenariat entre les deux), le rapport de force global entre la logique du profit et la logique du service public est clairement en faveur de la première… Il est impératif que ce rapport de force soit redéfini en faveur du commun, à savoir la subordination de la première à la deuxième. Dans cette équation, l’ensemble des communautés liées aux biens communs constituent un acteur supplémentaire qui peut peser dans la balance, et la faire pencher en faveur de l’intérêt général. Cela en s’alliant notamment aux élus politiques progressistes. Un exemple représentatif de ces articulations est souvent cité, celui de l’Italie. En effet, la structuration d’un mouvement social « bene comune » autour de l’eau potable dès 2007, et son association à la société civile et aux pouvoirs publics ont permis de contrer des lois qui favorisaient la privatisation des compagnies d’eau et une génération de profits agressive.

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Femmes et résistances : « De l’ombre à la lumière »

Par Julie Ricard

 

AM83 p.2 3 Ricard Delombreàlalumière« Sans doute serait-il impossible de compter combien de livres dans le monde ont été écrits sur la guerre… Tout ce que nous savons cependant, de la guerre, nous a été conté par des hommes. Nous sommes prisonniers d’images "masculines" et de sensations "masculines" de la guerre ».

Extrait du journal de Svetlana Alexievitch 1978-1985 dans La guerre n’a pas un visage de femme

 

Elle s’appelait Marie-Louise Jacques… mais au sein de la Résistance, son nom était « Rose ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a enfourché son vélo et a parcouru les routes de son village de Tintigny et alentours pour faire passer des armes, des faux-papiers et de l’argent à destination des maquisards et leurs familles. Pendant des décennies après la guerre elle n’a rien dit, ou si peu.

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Défaites vos idées toutes faites sur l’anarchisme (entretien)

Entretien avec Renaud Garcia

Professeur de philosophie en lycée, spécialiste de Kropotkine et membre du collectif de rédaction de la revue Réfractions, recherches et expressions anarchistes.

 

 

AM83 p.4 5 0 RenaudGarciaGaëlle Henrard : Bien qu’il existe une pluralité dans l’anarchisme, pourriez-vous tracer quelques grandes lignes (une sorte de socle incontournable) pour reposer les idées de base de l’anarchisme et de sa pratique concrète ?

Renaud Garcia : On pourrait brosser un panorama des différents courants de l’anarchisme tels qu’ils se sont manifestés depuis 1872, à partir d’un conflit dans la Ière Internationale entre tendance « autoritaire » (incarnée par Marx) et tendance « libertaire » (incarnée par Bakounine). On exposerait de multiples différences, selon que les courants en question mettent l’accent sur l’individu ou la communauté, les vertus de l’insurrection, de l’organisation syndicale ou de l’éducation libertaire, selon qu’ils placent en première ligne l’approche féministe, écologique, etc.

Tout cela serait instructif, mais à mes yeux, avant d’être un ensemble d’idées, de courants voire de « théories », l’anarchisme est quelque chose que l’on fait. Il est donc intimement lié à la pratique, et toutes les conceptualisations dont il peut être l’occasion devraient affermir, au bout du compte, des façons de vivre à contretemps de l’époque.

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