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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide memoire 80

Médias : un écosystème en péril (éditorial)

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

 

AM80 p.1 Starquit cc Malopez21« Saccage managérial », « prime au médiocre », « extension du domaine de la servitude », ces mots extrêmement durs sont tenus par la journaliste Aude Lancelin, dans un entretien fleuve accordé à la revue en ligne Le Comptoir[1]. Ancienne directrice adjointe de la rédaction du Nouvel Observateur dont elle fut licenciée sans ménagement en 2016, celle-ci relate son expérience dans un livre intitulé Le monde libre (Prix Renaudot 2016, publié aux éditions Les Liens qui Libèrent) et dresse un portrait noir des réalités journalistiques contemporaines. Lucide, Lancelin fait surtout le constat terrible d’une « greffe de mœurs néolibérales violentes sur un écosystème journalistique vieillot et bohème ». Greffe qui, comme elle le rappelle par ailleurs, est loin d’être propre au seul milieu des médias.

Une ex-directrice de rédaction d’un des plus grands médias mainstream de Paris qui assène un réquisitoire d’une telle sévérité – mais sans aucun doute tristement juste ­– au monde de la presse, et ce dans les colonnes d’une revue en ligne dite « alternative »… voilà qui ne manque pas d’être symbolique ! Et qui ne manque pas d’interpeller quant à ce qui se trame réellement derrière les portes des rédactions des fleurons du 4e pouvoir.

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La fin d’un magistère

 Par Olivier Starquit

 

AM80 p.6 7 Starquit ccCornelius Hasselblatt« L’insupportable sottise des journaux a eu deux causes principales. L’une est que presque toute la presse est aux mains d’une poignée de gros capitalistes qui ont intérêt au maintien du capitalisme et qui tentent donc d’empêcher les gens d’apprendre à penser. L’autre est qu’en temps de paix les journaux vivent essentiellement des publicités pour les produits de consommation, pour les sociétés de construction immobilière, pour les cosmétiques, etc. ; ils ont donc tout intérêt à maintenir un état d’esprit « le soleil brille » qui incitera les gens à dépenser leur argent. L’optimisme est excellent pour le commerce, et davantage de commerce signifie davantage de publicité. Il faut donc éviter que les gens sachent la vérité sur la situation économique et politique, et détourner leur attention sur les pandas géants, les traversées de la Manche à la nage, les mariages royaux et autres sujets lénifiants. » George Orwell[1]

La profession de journaliste a mauvaise presse. En effet, selon l’enquête de Solidaris, les journalistes ne reçoivent la confiance que de 23% de la population. Quelles sont les raisons de la colère ? Qui contrôle l’information ? Les journalistes se bornent-ils à enregistrer les événements ou les coproduisent-ils ? Les journalistes sont-ils vraiment indépendants ? N’existe-t-il pas une tension entre l’indépendance politique et la dépendance économique ? Enfin, quel est le statut de l’information : est-ce une marchandise ou un bien commun ? Bref panorama de ces questions.

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Des journalistes coupables ?

Par Clara Kerstenne

 

AM80 p.6 7 Kerstenne J.J. Grandville Résurrection de la censureAujourd’hui, les journalistes sont désignés par beaucoup comme les responsables de certains maux de la société. Simplification de certains faits, caricature de certaines personnalités, raccourcis trompeurs… Autant d’éléments qui participeraient à une vision stéréotypée de la société dans laquelle nous vivons, pire qui feraient de nous des individus leurrés voire « entubés ». L’éducation aux médias devient ainsi une discipline en expansion, considérée comme capable de fournir notamment des outils pour décoder l’information et développer chez les individus une approche critique par rapport aux discours des médias.  

Il ne fait nul doute que la critique des médias et l’éducation aux médias ont leur place dans un monde où ils sont devenus notre première source d’information. Toutefois, nous nous intéresserons ici plus particulièrement au discours médiatique proprement dit, mais aussi aux conditions de travail dans lesquelles évoluent les journalistes. Précisons que notre analyse s’attachera essentiellement à la presse écrite quotidienne[1].

Nous évoquerons d’abord deux évolutions du journalisme qui interagissent tout en allant dans une même direction et qui ont des conséquences immédiates sur les conditions de travail de ces professionnels de l’information et, in fine, sur le traitement de cette dernière.

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Démocratie et fabrication de l’information : entretien avec Quentin Noirfalisse

Parmi le flot des médias tant classiques qu’alternatifs, agonisants, mutants ou émergents, la Belgique a vu la naissance d’un magazine soucieux d’expliquer le plat pays par un journalisme d’investigation exigeant, qui creuse, déterre et met en perspective. Voilà maintenant plus d’un an que le magazine indépendant Médor tient une place dans le paysage médiatique belge suivant un fonctionnement coopératif, démocratique et attentif aux conditions de travail de la profession.

Entretien-récit sur la fabrication d’une information de qualité qui met un point d’honneur au fond et à la forme, aux outils et aux moyens.

 

Journaliste indépendant, Quentin Noirfalisse est un des fondateurs du magazine belge Médor et travaille comme pigiste pour différentes publications. Il est aussi l’auteur du documentaire Le Ministre des Poubelles et du documentaire transmedia Geek Politics et est co-fondateur de la société de productions Dancing Dog Productions.

 

 

AM80 p.4 EntretienAide-mémoire : Pourriez-vous retracer l’historique de Médor ? De quels constats ou manquements l’idée de créer ce magazine a-t-elle émergé ?

Quentin Noirfalisse : Ce n’est une surprise pour personne, la situation de la presse en Belgique n’est pas brillante ; les chiffres de vente traduisent d’ailleurs clairement une forme de désaffection. D’un côté, les lecteurs sont assez désorientés face à une profusion d’information dans laquelle il est difficile de faire le tri. De l’autre côté, les journalistes, en particulier les indépendants (dont je suis), voient leurs conditions de travail se détériorer et doivent travailler à des tarifs qui ne permettent plus de s’investir à long terme dans le journalisme. Le nombre croissant de diplômés des écoles de journalisme crée une suroffre sur un marché qui se rétrécit sérieusement, si bien que les médias vont piocher de jeunes journalistes souvent corvéables à merci. Les revenus publicitaires et les abonnements tendent à baisser un peu partout de façon singulière et rares sont les journaux qui se maintiennent bien.

Dans ce contexte, beaucoup de jeunes diplômés pleins de rêves et de zones d’expertise débarquent dans un milieu professionnel où on va leur proposer 100 euros brut la journée comme pigiste en presse locale ou 15 euros la dépêche comme indépendant pour Belga. Du coup, on se retrouve à travailler énormément, sur des sujets qu’on ne maîtrise pas toujours, obligés de faire le grand écart entre les faits divers, la justice et la culture. Les journalistes doivent devenir hyper flexibles[1]. Et cette flexibilité, nous, les journalistes à l’origine de Médor, avons commencé à en avoir assez. D’une part en raison de l’incertitude professionnelle qu’elle engendre, ensuite par envie de pouvoir disposer du temps nécessaire pour travailler sur nos sujets de prédilection, des sujets d’investigation.

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Les sept journaux clandestins de Terezin (Mémoire brute)

Par Raphaël Schraepen

AM80 p.5 Schraepen« Jadis, j'étais un enfant. Il y a deux ans de cela... »

Il est évident que ce n'est pas là moi qui parle. Il ne s'agit pas non plus de la déclaration d'un adolescent mal dans sa peau, dont la jeune âme n'aurait pas encore assimilé les aspects les plus mélodramatiques de la poésie romantique. Non, il s'agit bien là d'un constat amer et réaliste. Ces mots qui font mal, c'est pourtant bien un jeune garçon de 14 ans, Hanuš Hachenburg, qui les a écrits au début de la deuxième strophe de son poème Terezin, écrit en 1943 pour et dans l'hebdomadaire Vedem, l'un des sept journaux clandestins qui ont été créés à la ville-prison de Terezin (en allemand : Theresienstadt) par des auteurs pour la plupart à peine sortis de l'enfance.

Le moins spectaculaire, mais peut-être le plus émouvant, est Hlas půdy, c'est-à-dire « La Voix du Grenier », créé par les jeunes mamans du bloc Q306. Sur des feuilles de cahier ou du papier de récupération, elles ont principalement écrit des conseils d'hygiène, conseils non seulement utiles mais aussi indispensables dans un milieu favorable à la maladie, première cause de mortalité à Terezin dès que les exécutions sommaires y furent supprimées. Hlas půdy comportait beaucoup d'illustrations réalisées non seulement par les prisonnières mais aussi par leurs jeunes enfants, fiers de participer à cette entreprise. Il y eut aussi Noviny, « Le Journal », tout simplement, dont on a conservé quelques couvertures illustrées, entre autres, à la gouache. Noviny fut créé par des garçons et connut 12 numéros en 1944. Un dessin, particulièrement, montre un avion et un parachutiste alliés. Un dessin dangereux – rien que ce dessin pouvait conduire son auteur au « transport » pour Auschwitz ! –, porteur de sens et de résistance, parmi des dizaines d'autres, répartis sur les sept magazines. Deux autres journaux réalisés par des garçons : Domov, « le Foyer », dont on ne sait pratiquement rien. Dix numéros entre décembre 1943 et mai 1944. On a davantage de traces en ce qui concerne Rim Rim Rim. Ce sont les premiers mots d'une chanson populaire chez les jeunes qui commençait plus ou moins comme ceci : « Rim rim rim volent les aigles. » On compte 24 numéros de février 1944 jusqu'au dernier, inachevé, en septembre de la même année. Âge des participants : de 10 à 15 ans.

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