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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide memoire 78

Une option raisonnable : la démocratie radicale…

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

 

Syzyfki the forever working dwarfs 3732394133« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent », aurait affirmé Albert Einstein. Si la paternité de cette sentence, attribuée au grand physicien, peut s’avérer discutable, elle recoupe néanmoins parfaitement les travaux bien réels, eux, d’une autre sommité scientifique américaine d’origine autrichienne : Paul Watzlawick. Membre fondateur de l’école de Palo Alto à l’Université de Stanford, avec notamment Don Jackson et Gregory Bateson, Watzlawick fut un éminent théoricien de la communication et, en particulier, de son application dans les champs sociologique, psychologique voire psychanalytique, et ceci à des fins thérapeutiques.

Pour résumer l’approche de Watzlawick, une thérapie doit viser principalement un changement vis-à-vis d’un problème. Mais ce changement doit impérativement revêtir une nature thérapeutique, c’est-à-dire être construit dans la relation psychothérapeutique et la position décentrée que celle-ci adopte pour permettre un éclairage différent du problème. Il s’agit ici de sortir le problème de son cadre de déploiement habituel afin de pouvoir le remanier, le renommer et le solutionner. Sans ce « recadrage », la tentative de changement ne se réduira qu’à appliquer continuellement de vieilles recettes qui ont perdu leurs effets depuis longtemps, soit toujours « plus de la même chose ».

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L'action violente est elle légitime ?

Par Gilles Rahier

AM78 p.1 Bookstore after riotsIl n'y a pas plus immoral que le refus systématique de se donner le moyen d'agir (Saul Alinsky)

Afin de prolonger l’exploration de la thématique du radicalisme, dont nous avons abordé de nombreuses facettes dans les précédents numéros d'Aide-mémoire, il reste une question qu’il serait, selon moi, intéressant d'examiner : l'usage de la violence pour arriver à ses fins. Après avoir analysé la diversité, l'origine et les fondements de mouvements radicaux, sous leurs différentes formes (politiques, religieux, etc.), les moyens utilisés par ceux-ci pour mener à bien leurs revendications restent questionnables. Autrement dit, la fin justifie-t-elle les moyens ? La fin vaut-elle la peine d'être poursuivie ? Quels sont les moyens de résistance légitimes ? Peut-on avoir recours à la violence pour défendre sa « cause » ?

Dans un premier temps, on peut observer que l'éthique de la fin et des moyens est la plupart du temps dictée par l'État, qui définit et juge les moyens à employer des mouvements sociaux pour atteindre leurs objectifs. Un autre facteur souvent pris en compte est la moralité de la société, qui attribuera aux actions menées une certaine légitimité. Cependant, comme le remarque Saul Alinsky, « la façon de juger la moralité des moyens varie selon les positions politiques de ceux qui se posent en juges[1] ».

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Démocratie radicale : entretien avec Audric Vitiello

Face aux politiques actuelles qui nous proposent toujours « plus de la même chose » (plus d’austérité, plus de guerres, plus de mesures sécuritaires, etc.) comme seule perspective aux problèmes de notre temps, n’est-il pas temps de sortir du cadre et de radicaliser la démocratie, de remettre à l’honneur le conflit et de réfléchir autrement à la légitimité de l’action violente ?

Entretien avec Audric Vitiello, Maître de conférences en Science politique à l’Université François-Rabelais de Tours

 

Gaëlle Henrard : Pourriez-vous définir brièvement le concept de démocratie radicale et en quoi celle-ci s’est présentée comme une alternative à nos démocraties libérales et délibératives ?

Audric Vitiello : La notion de « démocratie radicale » vient d’une critique de la démocratie libérale, représentative, où la démocratie est identifiée à un système politique basé sur des institutions comme l’État de droit ou les élections. Pour les tenants d’une conception radicale de la démocratie, cette définition, largement acceptée aujourd’hui, est au mieux insuffisante, au pire contre-productive. Selon eux, il convient de prendre la démocratie au mot : « démocratie », c’est au sens propre le pouvoir du peuple, l’exercice du pouvoir par le peuple, l’action, la praxis politique du peuple. Or cette praxis, par laquelle le peuple veut contrôler son propre destin, ne se réduit pas à ses formes institutionnelles, telles que le vote ; il existe toujours de la démocratie au-delà des institutions (démocratiques ou non) – ce que Claude Lefort nomme la « démocratie sauvage ».

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Radicaliser la démocratie : de la dimension agonistique de la démocratie

Par Olivier Starquit

 

AM78 pp.6 7 manifestationantifascisteLa société ne s’arrête pas à une conception de ce qu’est le juste, l’égal ou le libre, donnée une fois pour toutes, mais s’institue de telle sorte que les questions de la liberté, de la justice, de l’équité et de l’égalité puissent toujours être posées dans le cadre du fonctionnement normal de la société.

(Cornelius Castoriadis)

 

Nuit debout, Brexit, désintérêt et désenchantement pour la chose politique, le constat est clair et accablant : les démocraties représentatives occidentales n’ont guère le vent en poupe ces derniers temps. Chantal Mouffe, professeur à l’université de Westminster à Londres ausculte et analyse de manière assez décapante cette situation dans trois ouvrages traduits récemment[1].

 

La liberté du cul-de-sac

Selon Chantal Mouffe, nous vivons dans une société où on parle énormément de dialogue et de délibération, mais elle pose immédiatement la question de connaître le sens que ces termes peuvent revêtir « s’il n’y a pas de véritable choix en jeu et si les participants à la discussion ne font pas face à des options clairement différenciées parmi lesquelles trancher[2] ». Ce que dénonçaient également les Indignés et d’où découle par ailleurs le succès des partis ou de ténors démagogiques de droite (Donald Trump aux États-Unis, le parti Ukip en Grande-Bretagne) puisque que ceux-ci expriment, certes de façon très problématique, des véritables demandes démocratiques que les partis traditionnels ne prennent pas ou plus en compte. Et en effet, un des éléments les plus caractéristiques de nos démocraties représentatives usées jusqu’à l’os est « cette incapacité des partis politiques établis à proposer des alternatives substantielles à l’ordre existant[3] ». Une incapacité que ceux-ci camouflent un tant soit peu en réduisant la démocratie aux élections, à l’État de droit et aux droits de l’homme et en tâchant de figer le régime politique en un système postdémocratique où les frontières entre gauche et droite n’auraient plus lieu d’être et où la poursuite à tout prix du consensus impliquerait l’éradication du conflit. Dans cette vision de la démocratie, « les conflits déstabilisent la société et mettent en péril l’ordre démocratique. La prédominance d’un idéal de consensus s’accompagne d’une clôture de l’expression publique du dissensus[4] ».

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Johnny cash : la ballade de l’homme en noir

Par Raphaël Schraepen

AM78 p.8 Schraepen« Quand j’étais encore un bébé, ma mère m’a dit : "Fiston, sois toujours un bon garçon ! Ne joue jamais avec des révolvers !" Mais j’ai descendu un type à Reno, juste pour le regarder mourir. » Cette phrase qui ouvre la chanson Folsom Prison Blues de Johnny Cash continue de servir d’étendard, parfois aussi de repoussoir, pour tout ce qui concerne le chanteur habillé de noir. Récemment, le cinéaste américain Michael Moore y voyait la preuve d’une incitation à la violence. Déception face à cette mauvaise foi. Mais Moore se veut aussi sociologue quand notre homme est avant tout un artiste, totalement dénué de sens politique tel qu’on l’entend habituellement chez nous.

« Hello, I’m Johnny Cash ! ». Un show de Johnny Cash qui commençait sans cette phrase n’était pas un show de Johnny Cash. Signature simplissime, parfaite, qui sonne et claque. Et en plus, John R. Cash n’a même pas dû employer de pseudonyme. Cette signature ouvrait donc aussi les concerts qu’il a donnés en prison. Les plus célèbres furent ceux qu’il a donnés à Folsom et à San Quentin, à la fin des années soixante. La prison a fasciné et effrayé Johnny Cash tout au long de sa carrière. N’en déplaise à Michael Moore où à ceux qui l’ont traité un peu vite de « réac » ou de « vieux bigot », une chanson comme 25 Minutes To Go qui raconte les vingt-cinq dernières minutes d’un condamné à mort est clairement une charge contre la peine capitale. Plus récemment, il reprenait The Mercy Seat de Nick Cave, avec qui il partageait cette obsession de la faute et de la rédemption, le plus souvent impossible. En dépit de son titre à l’humour potache (the mercy seat, « le siège de la pitié », en fait la chaise électrique, est un jeu de mots hasardeux sur le mouvement musical des années 1960 le « Mersey Beat »), cette chanson terrifiante démultiplie le malaise ancien de 25 Minutes To Go, avec la phrase de cet homme qui se prétend innocent, qui revient comme un leitmotiv (« and I’m not afraid to die », « et je n’ai pas peur de mourir » – peu pieux mensonge) et se transforme à la dernière ligne en « and I’m afraid I told a lie » (« et j’ai peur d’avoir dit un mensonge »). On n’est pas loin de l’esprit du film de Tim Robbins Dead Man Walking, en fait postérieur à la chanson de Nick Cave.

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