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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 76

La réflexion, par-delà toute violence (Éditorial)

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

 

1280px CheckmateLe présent texte se voulait initialement un retour sur les attentats de Paris du 13 novembre 2015 et une réflexion sur les questions de violence et de radicalisation menée avec la distance critique que le temps écoulé depuis les tueries parisiennes semblait pouvoir permettre. Et voici que l’horreur frappe à nouveau, plus proche encore, y compris dans sa dimension spatiale, et nous ramène à la situation de saturation médiatique, sémiotique et émotionnelle que nous pensions avoir progressivement laissée derrière nous.

Il nous faut pourtant tenter de réfléchir, de débattre, d’analyser pour tâcher de comprendre et ce, par-delà l’horreur, par-delà la violence mais aussi par-delà certaines injonctions moralisatrices de type néoconservateur qui agitent joyeusement l’argumentation recuite à force d’être ressassée selon laquelle « vouloir expliquer, c’est déjà excuser », antienne débilitante remarquablement dénoncée récemment par le sociologue Mateo Alaluf[1]. De notre point de vue, le fait d’entendre un Premier ministre français affirmer grosso modo qu’il refuse de comprendre le problème qu’il est pourtant amené à résoudre ne nous paraît rien augurer de bon quant à la résolution du problème en question.

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« Radicalisation » : analyse d’un discours médiatique

Par Clara Kerstenne

 

AM76 p.1Le terme « radicalisme » – et ses dérivés – est aujourd’hui omniprésent, mais que reflète-t-il réellement ? Pourquoi ce terme général est-il très largement utilisé pour parler spécifiquement de l’islam ou des musulmans? Dans le texte qui suit, nous commencerons par une brève présentation du mot « radical ». Ensuite, nous verrons comment « radical(isme)/(isation) est, dans les esprits, souvent associé(e) à la religion musulmane. Enfin, nous mettrons l’accent sur le rôle que peuvent jouer certains médias dans la propagation de cette association.

 

Tous radicaux ?

Commençons par une brève précision au sujet du terme « radicalisme ». Radical signifie : qui présente un caractère absolu, total ou définitif. Prenons par exemple le contexte politique dans le domaine scolaire. Les partisans d’une « autre école » souhaiteraient, sans nul doute, une transformation radicale des institutions scolaires, une transformation totale donc. Le mot « radical » peut aussi être utilisé afin de définir un genre d'action ou un moyen très énergique, très efficace, dont on use pour combattre quelque chose : une action radicale pour lutter contre les inégalités scolaires ou encore une action radicale contre le phénomène de ghettoïsation des écoles.

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Dernier génocide des Kurdes yézidis de Shengal (Sinjar) : la monstruosité de Daech à l’état extrême

Par Aslan Igrek, diplômé d’un master en Politiques économiques et sociales, membre de la communauté yézidie de Liège

 

AM76 p.6 7 YézidiAvant de me pencher sur l’ampleur des atrocités subies par les membres de la communauté yézidie durant l’interminable nuit du 7 août 2014, il me paraît indispensable de jeter un premier bref éclairage sur un point préalable : qui sont les Yézidis et pourquoi une telle haine à leur encontre ?

La croyance yézidie est une survivance du Mithraïsme/Zoroastrisme de la Mésopotamie antique. Les Yézidis sont les dépositaires d’un calendrier que de plus en plus de chercheurs fixent à près de 4750 ans avant J.-C., ce qui les identifie comme l’un des tout premiers peuples des civilisations mésopotamienne et anatolienne aux côtés des Sumériens, Akkadiens, Babyloniens, Assyriens, Hourrites, Mitannis… Mais aussi l’un des peuples, pour ne pas dire le peuple le plus méconnu et abandonné de la Communauté mondiale malgré la profondeur et l’ancienneté de ses racines ! Le yézidisme, ou yazdanisme, est l’unique croyance du peuple kurde (des Mèdes), pratiquée exclusivement dans cette même langue, jusqu’au tournant le plus mémorable et destructeur de leur histoire millénaire : les invasions arabo-musulmane, dans un premier temps, et ottomano-musulmane à leur suite.

Ces nouveaux acteurs particulièrement hostiles, se fondant sur la charia islamique et d’une manière on ne peut plus injuste, décrètent, d’une part, que les Yézidis ne font pas partie des « Gens du Livre » et ne peuvent donc prétendre au statut du dhimmi, c’est-à-dire au paiement d’un impôt particulier par les non-musulmans en échange, notamment, d’une liberté de culte très restreinte. Par ailleurs, et de façon tout aussi injuste, ridicule et risible, les membres de cette communauté se verront taxer, des siècles durant à ce jour, d’« adorateurs du diable », d’« infidèles », de « mécréants », et j’en passe. Dans ces conditions, deux voies uniques sont ouvertes aux Yézidis : la conversion à l’islam ou la mort. Ce qui signifie, en d’autres termes, une interdiction pure et simple à la vie pour tous ceux qui restent attachés à leur croyance.

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« Jeunes islamistes liégeois », non ! « Jeunes radicaux », peut-être !

Un récit de rencontres, par Gaëlle Henrard

 

AM76 p.4 5Novembre 2014, Foire du Livre politique de Liège. On est à la Cité Miroir, lieu important du monde socioculturel liégeois. Invitée pour la seconde fois déjà à venir présenter le travail qu’elle réalise, la maison des jeunes de la commune de Saint Nicolas (MJ Saint Nicolas) dispose de son espace au milieu des stands de maisons d’édition, revues et associations à caractère militant et politique. Les jeunes filles du collectif « Barbarie » interrogent la place de la femme, de la jeune fille, les préjugés et traitements dont elles sont victimes, les stéréotypes auxquels elles devraient correspondre. Les jeunes du crew « Ambiance néfaste » viennent quant à eux présenter leurs raps et ont pour tâche de clore le cycle des conférences. Ils présentent différents textes originaux, aux propos tranchés et sans concessions. Un de ces textes va davantage faire parler de lui : Le Cri de Bosnie du groupe « Le Silence des Mosquées » cristallise l’attention. Le mot « Bosnie » y est remplacé par celui de « Palestine » et l’« Allahou akbar » va concentrer les attentions à venir. Grosso modo, les textes des autres rappeurs sont renvoyés dans l’ombre. L’organisateur de la Foire recueille une interpellation émanant manifestement d’un chercheur universitaire : Qu’était-ce donc que ces « jeunes islamistes liégeois » ? D’autres interpellations suivront… dans le contexte politique qu’on connaît (même si « Charlie » n’avait pas encore eu lieu).

Cet évènement devient un point de départ pour plusieurs rencontres. D’une part, parce que ces jeunes souhaitent apporter une réponse aux allégations dont ils sont l’objet, d’autre part parce que Marco Martiniello, sociologue à l’Université de Liège qui travaille notamment sur les questions de l’immigration et des expressions artistiques urbaines, demande à les rencontrer (voir entretien). C’est le début d’un travail conjoint pour décloisonner deux mondes aux codes et aux langages bien différents : un monde populaire, précarisé, et un monde universitaire, celui des « intellectuels ».

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Décloisonner et mettre en parallèle : un entretien avec Marco Martiniello

Par Gaëlle Henrard

 

AM76 p.4 5 MartinielloNovembre 2014, Foire du Livre politique de Liège. On est à la Cité Miroir, lieu important du monde socioculturel liégeois. Invitée pour la seconde fois déjà à venir présenter le travail qu’elle réalise, la maison des jeunes de la commune de Saint Nicolas (MJ Saint Nicolas) dispose de son espace au milieu des stands de maisons d’édition, revues et associations à caractère militant et politique. Les jeunes filles du collectif « Barbarie » interrogent la place de la femme, de la jeune fille, les préjugés et traitements dont elles sont victimes, les stéréotypes auxquels elles devraient correspondre. Les jeunes du crew « Ambiance néfaste » viennent quant à eux présenter leurs raps et ont pour tâche de clore le cycle des conférences. Ils présentent différents textes originaux, aux propos tranchés et sans concessions. Un de ces textes va davantage faire parler de lui : Le Cri de Bosnie du groupe « Le Silence des Mosquées » cristallise l’attention. Le mot « Bosnie » y est remplacé par celui de « Palestine » et l’« Allahou akbar » va concentrer les attentions à venir. Grosso modo, les textes des autres rappeurs sont renvoyés dans l’ombre. L’organisateur de la Foire recueille une interpellation émanant manifestement d’un chercheur universitaire : Qu’était-ce donc que ces « jeunes islamistes liégeois » ? D’autres interpellations suivront… dans le contexte politique qu’on connaît (même si « Charlie » n’avait pas encore eu lieu).

Cet évènement devient un point de départ pour plusieurs rencontres. D’une part, parce que ces jeunes souhaitent apporter une réponse aux allégations dont ils sont l’objet, d’autre part parce que Marco Martiniello, sociologue à l’Université de Liège qui travaille notamment sur les questions de l’immigration et des expressions artistiques urbaines, demande à les rencontrer. C’est le début d’un travail conjoint pour décloisonner deux mondes aux codes et aux langages bien différents : un monde populaire, précarisé, et un monde universitaire, celui des « intellectuels ».

 

Entretien avec Marco Martiniello, docteur en sciences politiques et sociales et directeur du Cedem (Centre d’Études de l’Ethnicité et des Migrations)

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