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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 75

Éditorial : Radicalisme, retour aux racines ou retour sur soi

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

 

JacquesrouxIls étaient trois, se connaissaient quelque peu et, jusqu’en 1793, se croisaient au club des Cordeliers, dans la salle du Musée de la rue Dauphine à Paris. Bien qu’ils n’aient créé ensemble aucun mouvement, fondé aucun journal, écrit aucun manifeste, ils furent tous les trois regroupés sous le vocable peu amène d’« Enragés ». Ainsi, Théophile Leclerc, Jean-François Varlet et surtout Jacques Roux, rousseauistes partisans d’une démocratie radicale et de la soumission de l’économie au politique, entrèrent-ils dans l’Histoire de la Révolution française[1], notamment sous la plume de Jean Jaurès mais aussi celle de Karl Marx. « Par [leurs] idées, ils sont les interprètes du mouvement populaire, parfois ses inspirateurs, mais très rarement ses meneurs », écrit Éric Hazan à leur sujet[2]. Et de fait, même en cette époque de troubles souvent violents où la politique se pratiquait au jour le jour et dans un tourbillon d’affrontements brutaux, leurs discours et propositions reflètaient un radicalisme populaire qui tendit à effrayer même les plus jusqu’au-boutistes des révolutionnaires de l’époque.

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Radical, vous avez dit radical ?

Par Olivier Starquit

« Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté. » (Confucius)

 

AM75 p.1 Mural Simón Bolívar like Che Guevara ccThePhotographerRADICAL
adjectif /ʁa.di.kal/

Du latin radicalis, dérivé de radix (« racine »)


1. Qui vise à agir sur la cause profonde des effets qu’on veut modifier.


2. (Botanique) Qui vient à la racine.

◊ Feuilles, fibres radicales, pédoncules radicaux, feuilles, fibres, pédoncules
qui naissent au collet de la racine.


3. (Figuré) Ce qui a rapport au principe d’une chose, à son essence.

◊ Il y a entre le ritualisme occidental et le mysticisme oriental une différence d’essence, une incompatibilité radicale que vingt siècles d’échanges et de compénétrations n’ont pas entamées. — (Jacques-Henry Bauchy, Histoire de la forêt d’Orléans, 1985)

◊ Guérison, cure radicale, cure qui a détruit le mal dans sa racine.

4. (Grammaire) En rapport avec la racine du mot.

◊ Terme radical.

◊ Lettres radicales, lettres qui sont dans le mot primitif et qui se conservent dans les mots dérivés.
◊ Signe radical, signe qui se met devant les quantités dont on veut extraire la racine.


5. (Politique) Qui préconise l’application intégrale de certains principes.


6. Qui est absolu, qui va jusqu’au bout de ses opinions.

 

Ces définitions reprises in extenso figuraient en exergue de l’excellente revue Radical, créée il y a deux ans. Toutes ces descriptions couvrant la botanique, les mathématiques et la politique semblent assez neutres en soi. Or comment expliquer la sursaturation sémantique et la perception négative dont fait l’objet de nos jours cet adjectif qualificatif ?

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Un « autre » radicalisme religieux : la théologie de la libération

Par Gilles Rahier

 

AM75 pp.6 7 RahierRadical ?

Le radicalisme est souvent entendu comme une prise de position extrême ou drastique face à une situation donnée, à l’inverse d’une attitude diplomate et négociatrice. Un très bel exemple de ce type est le discours de Lumumba lors de l’indépendance du Congo, en 1960. Alors que le président Kasavubu, en présence du roi Baudouin, proposa un discours consensuel et conciliateur avec l’ancien colonisateur, le Premier ministre congolais allait réaliser un des discours les plus emblématiques de l’époque de la décolonisation : « […] Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même[1] […]. » Même si le moment était peut-être mal choisi, il s’agit ici d’une prise de position claire qui amènera à la reconnaissance d’une vérité historique actuellement acceptée par tous.

D’un autre côté, une vision radicale peut également s’immiscer dans un courant de pensée ou une religion institutionnalisée. Alors qu’aujourd’hui l’on parle constamment de radicalisme dans les religions monothéistes, en particulier chez les musulmans, il est aussi important de déconstruire ce concept et de compléter cette approche, ainsi que de rappeler certains autres courants radicaux qui ont traversé l’histoire religieuse. Durant la Guerre froide, un mouvement de prêtres de l’Église catholique s’opposera à sa hiérarchie, en développant et en soutenant ouvertement les revendications des communautés de la classe populaire extrêmement pauvre d’Amérique Latine, avant de se diffuser dans le monde entier.

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Démocratie et radicalisme : entretien avec Jean Faniel

À en croire le discours médiatique ambiant, le mot radicalisme semble définitivement cantonné au contexte religieux islamique. Or, revenir aux définitions du mot et en dégager les usages permet d’opérer un rappel nécessaire sur son champ d’application, bien plus large en réalité, et de ne pas laisser son sens détourné par le discours dominant. L’examen de son utilisation dans d’autres contextes, qu’ils soient politiques, sociaux, militants ou religieux, permet de lui rendre son sens profond, son caractère radical en quelque sorte.

Un entretien avec Jean Faniel, docteur en Sciences politiques et directeur du CRISP

 

AM75 p.4 FanielGaëlle Henrard : Pourriez-vous redéfinir le radicalisme, notamment en regard du contexte récent ? Que veut dire être radical aujourd’hui ?

Jean Faniel : À la fin du XIXe siècle, le Littré précise plusieurs sens du mot « radical ». Deux ont ou peuvent avoir une dimension politique. Est radical ce qui, d’une part, « a rapport au principe, à l’essence, à la racine d’une chose » ou ce qui, d’autre part, « travaille à la réformation complète, absolue, de l’ordre politique dans le sens démocratique » (prenant l’exemple du parti radical français). Aujourd’hui, on peut reformuler cela en considérant que le radicalisme consiste primo à identifier la source de ce qu’on considère être un problème : le capitalisme pour la gauche radicale qui dénonce l’exploitation et les inégalités ; l’ouverture de la société, sa perte de pureté et la trahison des élites pour la droite radicale qui estime le peuple national maltraité ; l’éloignement des enseignements des textes saints pour les religieux radicaux (musulmans, chrétiens ou autres) qui jugent leur société décadente.

Secundo, le radicalisme peut être la volonté, non pas de remonter à la source mais, à l’inverse, de pousser à son terme la réforme que l’on juge nécessaire (ici, je ne reprendrais pas la précision du Littré car « dans le sens démocratique » ne prévaut pas nécessairement). Le radicalisme islamique, autrement dit l’islamisme, rencontre la première définition, mais il peut aussi correspondre à cette seconde, dans la mesure où son objectif proclamé est d’appliquer la charia sur un territoire de plus en plus vaste. Le communisme relève également de la seconde définition, même s’il n’est plus guère question, à l’heure actuelle, d’imposer une société sans classe. Les partis qui se proclament encore communistes sont surtout réduits à critiquer la société actuelle en esquissant un modèle alternatif à moyen, voire à long terme, là où l’islamisme a des perspectives immédiates de réussite de son projet, à tout le moins dans certains territoires.

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De la radicalité de la démocratie : conflit et agonistique

Par Gaëlle Henrard

 

AM75 p.5 FLP3Retour et réflexion sur une rencontre de la revue Aide-mémoire à la Foire du Livre politique de Liège le samedi 7 novembre 2015

En programmation de la Foire du Livre politique de Liège, nous avions annoncé une rencontre avec Jacques Généreux pour faire suite à notre numéro précédent sur le thème de la démocratie et de la gouvernance économique. Notre invité n’ayant pu être présent, nous avons proposé un échange sur ce même thème avec trois contributeurs de la revue. L’idée de cette rencontre était de faire émerger la discussion hors des pages d’Aide-mémoire, de l’ouvrir aux lecteurs potentiels et de manière générale à tout citoyen présent. Notre souhait est de renouveler ce type de dispositif pour faire de la revue un véritable outil d’échange, un outil à manipuler et à s’approprier collectivement. Petit retour donc sur cette rencontre animée par Julien Paulus, en présence d’Oliver Starquit, de Gilles Rahier et de Steve Bottacin pour une réflexion sur nos démocraties et leur radicalité potentielle.

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