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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 70

Éditorial : Guerre et relations publiques

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

 

Dans le contexte d’une analyse historique de la propagande de guerre au cours de la Première Guerre mondiale (voir l’article d’Anne Morelli ci-contre), le cas de l’entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés en 1917 est intéressant parce qu’il met directement en lumière le processus par lequel un gouvernement décide de « jeter » sa population dans un conflit qui, a priori, ne la concerne que très peu (ce qui était l’opinion dominante étatsunienne en 1916).

C’est à cette époque que Noam Chomsky situe les vrais débuts de ce qui deviendra, selon lui, la formidable machine de propagande du « prêt-à-penser » américain : médias, journalistes, intellectuels furent mobilisés en faveur du projet de guerre du président Wilson, pourtant élu sur le slogan pacifiste : « He kept us out of war ». Chomsky écrit : « La population était extrêmement pacifiste et ne voyait aucune raison de s’engager dans une guerre européenne. En revanche, le gouvernement Wilson, déjà décidé à entrer en guerre, a dû intervenir dans ce sens. Il a créé une commission gouvernementale de propagande, la Commission Creel, qui est parvenue en six mois à transformer un peuple pacifiste en une population hystérique et belliciste qui voulait détruire tout ce qui était allemand, mettre en pièces les Allemands, entrer en guerre et sauver le monde[1]. »

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La propagande de la Grande Guerre : aux origines de la propagande moderne

Par Anne Morelli (ULB)

 

AM70 p.1Il n’est pas exagéré d’affirmer que tous les thèmes de l’actuelle propagande remontent à la Première Guerre mondiale. Peu après ce conflit, Arthur Ponsonby confie dans un livre – que je considère comme la « Bible » de la propagande guerrière[1] – ses observations à propos des mensonges construits dans la « fabrique du consentement » pour faire adhérer l’opinion publique à la guerre. Avec cette œuvre, il fournit la meilleure description possible des principes de base de la propagande de guerre.

Le Lord britannique se réjouit de l’opportunité qu’il a eue d’occuper un poste d’observation exceptionnel, qui lui a permis d’analyser l’image de l’ennemi qui se construisait tant dans le camp adverse que dans le camp allié. En partant de là, j’ai voulu décrire les mécanismes de construction de la propagande de guerre en les organisant autour de ce que j’ai défini comme étant les dix principes élémentaires de la propagande de guerre[2].

Ma démarche intellectuelle a consisté à vouloir vérifier si les techniques de propagande de la Grande Guerre étaient encore utilisées aujourd’hui. Et je peux affirmer que, selon mon analyse, si les organisations ont changé, si les médias ont connu une évolution spectaculaire, la thématique et les techniques de propagande se sont, elles, bel et bien maintenues.

« Se construire un ennemi » est vraiment le cœur du discours propagandiste qui prend forme de manière systématique durant la Première Guerre mondiale. Cet ennemi est belliqueux, toute la responsabilité de la guerre lui incombe, il provoque intentionnellement des atrocités et use d’armes illégales. Ses cibles sont de préférence les femmes et les enfants. L’ennemi ne respecte pas la religion. Le chef du camp ennemi ne peut être comparé qu’au diable lui-même. Ces ennemis sont des êtres inférieurs, immoraux, lâches, ils sont des extrémistes de la guerre aux intérêts bas et à la propagande primitive (« bourrage de crâne »), mais – par chance – leurs pertes sont importantes et, depuis le début de la guerre, ils sont prédestinés à être défaits.

En dressant ce portrait, on suscite habituellement un sentiment collectif d’horreur à l’égard de l’ennemi, un sentiment exacerbé pour pousser la population à accepter le sacrifice de ses hommes, les difficultés matérielles inhérentes à l’état de guerre et à accepter également ses propres violences immorales. Pour construire de cette manière l’imaginaire de l’ennemi, durant la Première Guerre mondiale, la propagande (mieux connue sous l’appellation « l’information de guerre ») est pour la première fois confiée à un service professionnel.

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Démocratie et désobéissance : entretien avec Manuel Cervera-Marzal

L’échéance électorale étant derrière nous, un des constats que nous pouvons poser est la manifestation d’une certaine lassitude (20% d’abstention dans un pays où le vote est obligatoire quand même !), nous avons profité de la venue à Liège de Manuel Cervera-Marzal, chercheur à l’Université Paris-Diderot et auteur de Désobéir en démocratie et de La gauche et l’oubli de la question démocratique pour lui soumettre quelques questions.

 

 

Olivier Starquit : La gauche et l’oubli de la question démocratique : qu’entendez-vous précisément par oubli de la question démocratique ?

Manuel Cervera-Marzal : La démocratie n’est pas une évidence qui se passerait de définition, ni un acquis définitif de la modernité. Lorsqu’on parle de démocratie, il faut commencer par une double interrogation : 1. Qu’est-ce que la démocratie ? 2. Et, en vertu de cette définition, les sociétés occidentales et leurs États de droit peuvent-ils légitimement être qualifiés de « démocratiques » ? Ces deux questions sont très largement absentes du débat public car on croit, à tort, y avoir déjà répondu. Les principales organisations politiques de gauche associent la démocratie au suffrage universel. Or la Belgique, la France, les États-Unis et les autres pays occidentaux disposent d’élections régulières, libres et non faussées. On en conclut qu’il s’agit donc bien de « démocraties ».

AM70 p.4 entretienCe raisonnement expéditif ne prend pas le temps de s’interroger sur ce qui constitue la spécificité de la démocratie, à savoir, si l’on se réfère à l’étymologie grecque de ce terme, le « pouvoir du peuple » (le kratos du dèmos). Et il ne s’interroge pas davantage sur le fait de savoir si, aujourd’hui, le peuple exerce réellement le pouvoir. La gauche pose l’équation « élections = démocratie », et considère donc qu’il va de soi que nous sommes en démocratie. Or, en réalité, l’activité politique de 90% de la population se réduit au fait de glisser un bulletin dans une urne une fois tous les cinq ans. En outre, en votant, le peuple n’exerce pas le pouvoir. Il s’en dessaisit au profit d’une clique de professionnels auto-proclamés « représentants du peuple » mais qui, le plus souvent, ne représentent qu’eux-mêmes et les intérêts de leurs proches. Les élections dépossèdent les électeurs de leur pouvoir, au bénéfice des élus. De sorte que toutes les décisions importantes relatives aux affaires publiques sont prises par et pour des élites (politiques, économiques, militaires, etc.). Le pouvoir est exercé par une infime fraction de la population qui, ce faisant, défend ardemment ses privilèges.

Dans ce contexte, si la gauche souhaite renouer avec la défense du pouvoir du peuple des opprimé(e)s, il me semble urgent de se défaire de l’idée que le peuple exerce déjà le pouvoir. Car si nous sommes déjà en démocratie, alors autant nous reposer et vaquer tranquillement à nos occupations privées. Mais, précisément, tel n’est pas le cas ; la démocratie n’est pas un acquis à préserver mais un horizon dont nous pouvons et devons tenter de nous approcher en luttant résolument contre toutes les forces qui font obstacle à son avènement.

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L’exposition du témoignage, une technique narrative pour la mémoire subalterne

Par Gilles Rahier, historien et Nicolas Richard, anthropologue (CNRS)

« Exposer, c’est déranger le visiteur dans son confort intellectuel »

(Jacques Hainard)

 

Musée, Histoire et Mémoire

Dans ces temps d’explosion des commémorations et de transmission mémorielle, le musée reste un des espaces privilégiés pour y développer cette pratique. La mise en place d’expositions, permanentes, itinérantes ou temporaires, est sûrement un des meilleurs moyens d’illustrer et de divulguer l’Histoire à un large public pour la sortir du cercle des « initiés » et des revues scientifiques, ainsi que présenter les mémoires oubliées par le discours officiel. Cependant, comme le rappelle Gérard Collomb, le musée reste un lieu de la « mémoire institutionnelle »[1].

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Autour de Langston Hughes (2e partie)

Par Raphaël Schraepen

 

Dans le numéro précédent, nous avons évoqué la compositrice classique Florence Price, qui a mis en musique certains poèmes de Langston Hughes. D’autres, plus ou moins issus du mouvement Harlem Renaissance ont suivi.

 

Margaret Bonds

Originaire de Chicago, Margaret Bonds (1913-1972) fut d’abord pianiste. À l’âge de vingt ans à peine, elle interpréta le concerto pour piano de Florence Price, justement, avec le Women’s Symphony Orchestra Of Chicago. Elle étudia la composition, avec Price notamment, mais aussi avec la fameuse Nadia Boulanger qui fut une « mentor » pour nombre de compositeurs du XXe siècle dont certains marquèrent leur époque (Aaron Copland, Darius Milhaud, Astor Piazzola et même Philip Glass, entre autres). Boulanger demanda un travail à Bonds, et elle choisit la mise en musique du poème de Hughes Negro Speaks Of Rivers. Ce fut le début d’une amitié durable entre la musicienne et l’écrivain.

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